Frontière : chronique européenne
Le centre de rétention de Vincennes incendié par des sans-papiers en colère
23 juin 2008
Le centre de rétention administrative de Vincennes a été détruit dans un incendie dimanche, déclenché par les sans-papiers en colère après le décès d’un des leurs. Les sans-papiers ont été transférés, mais 14 manquent à l’appel, ayant réussi à s’échapper dans la cohue du sinistre et de la manifestation spontanée qui s’est déroulé devant le centre.
Les deux bâtiments du Centre de rétention administratif (CRA) de Vincennes ont été détruits dans un incendie qui s’est déclaré dimanche. “Les deux bâtiments sont entièrement détruits et les personnes ont été évacuées dans le gymnase de l’école de police”, situé dans l’enceinte du CRA, a indiqué le responsable FO, Luc Poignant.
Deux incendies se sont déclarés simultanément vers 15h45 dans les bâtiments 1 et 2 du CRA. Ils ont vraisemblablement été déclenchés par les sans-papiers qui ont mis le feu à leurs matelats pour protester contre leurs conditions de rétention et le décès, samedi, d’un détenu tunisien, mort d’une crise cardiaque. Selon Bahiga Benkouka, du 9è collectif de sans-papiers, l’état de santé de la personne décédée était “incompatible avec la rétention, c’est à l’hôpital qu’il aurait dû être”. Ce que réfute la préfecture de police. Prévisible Le centre de rétention de Vincennes est composé de deux bâtiments de 140 places chacun, ce qui en fait le plus grand de France. “Tous ceux qui ont pénétré dans ce centre ont témoigné des conditions de tension extrême dans lesquelles vivent les retenus. Elle est le résultat d’une situation explosive et indigne, connue et provoquée par le gouvernement”, déclare Cécile Dufflot, secrétaire nationale des Verts. “Les départs d’incendie, les auto-mutilations, les accrochages sont quotidiens dans le centre”, souligne à Gérard Moyon, du Réseau Education Sans Frontières (RESF). 14 manquent à l’appel Toute la journée, proches de retenus et associations ont fait le pied de grue devant le CRA, demandant leur libération. A la suite de cet incendie, 235 sans-papiers ont été transférés, dans la nuit, vers les centres de Lille, Nîmes, Palaiseau et Oissel. Par ailleurs, 14 sans-papiers manquent à l’appel, ayant réussi à s’échapper dans la cohue.
L’Europe, seul espoir des Roms
7 juin 2008
A la demande des ONG qui réclamaient une commission d’inspection européenne en Italie, vous avez visité des camps roms près de Naples et Rome, les 17 et 18 mai. Que vous ont raconté les Roms ?
La première réaction a été : “Vous êtes notre dernière chance. La dernière qui puisse nous aider. Car tous ceux qui nous ont rendu visite, personnalités politiques, du gouvernement ou des organisations civiles, nous ont abandonnés face au danger.” Rom comme eux, j’étais la dernière en qui ils puissent avoir confiance. Ce qui se passe en Italie est tout simplement effrayant. Mais ce n’est pas moi seule qui vais pouvoir changer le système italien.
Sur 200 000 Roms vivant en Italie, 80 000 sont citoyens italiens, 120 000 ex-Yougoslaves et Roumains. La majorité d’entre eux sont dans une situation très particulière : ils possèdent un passeport yougoslave, qui ne correspond plus à aucun pays existant, ils habitent en Italie depuis vingt, trente ou cinquante ans. Les enfants nés en Italie ont quasiment oublié le romani (langue largement partagée par les Roms en Europe).
Vous êtes, avec Livia Jaroka, une des deux seules députées rom du Parlement européen, où vous êtes entrée à 29 ans. Comment êtes-vous parvenue jusque-là ?
Dans le très petit village hongrois où j’ai passé mon enfance, à la frontière roumaine, nous vivions comme une grande famille. Un tiers hongrois, un tiers roumain, un tiers rom, tout le monde se connaissait. Pourtant, il semblait tout naturel que, malgré d’excellents résultats, je sois reléguée au fond de la classe. C’était de la discrimination, c’est vrai, mais nous n’étions pas en danger, comme c’est le cas des Roms aujourd’hui dans plusieurs pays de l’Union européenne.
Quand j’avais 14-15 ans, j’étais toujours en train d’aider les miens à améliorer leur situation. Nous avions organisé un club avec mes camarades de classe et des membres de ma famille pour étudier ensemble, pour être mieux placés à l’école puis, plus tard, sur le marché de l’emploi. Au lycée, je voulais préparer une école de journalisme : je voulais lutter contre les problèmes de discrimination que je constatais tous les jours dans la rue et les institutions. J’avais alors compris que le moyen le plus efficace était d’en parler à tout le monde. L’opinion publique, j’en étais persuadée, ne pourrait juger qu’inacceptable tout ce que subissaient les minorités : difficultés sociales, ségrégation dans l’éducation, ghettoïsation, refus d’accès au système de santé.
Les Roms ont-ils des revendications en termes d’identité ?
En Italie, pas du tout. Le discours n’est pas aux revendications identitaires, car ils sont en situation d’urgence. En revanche, dans le reste de l’Europe, de nombreuses organisations civiles travaillent et se battent pour obtenir que le romani devienne une langue officielle de l’UE. Les conférences sur les Roms réunissant différents Etats membres se tiennent en romani. En Hongrie, un des premiers résultats du mouvement rom a été l’officialisation du romani : nous pouvons étudier et obtenir des diplômes à l’école et à l’université en romani (ou en beash, autre langue parlée par les Roms). L’université possède un département de romologie. Mais la médaille a son revers : être bilingue romani et hongrois est souvent mal perçu.
Les Roms ont-ils une réelle volonté d’intégration ?
S’ils ne désiraient pas obtenir la citoyenneté italienne, les 100 000 ex-Yougoslaves retourneraient en Serbie, au Monténégro, en Bosnie, au Kosovo… Mais ils ont dû fuir les conflits des Balkans. La question de la volonté d’intégration ne se pose pas pour une population qui n’a plus de terre dans le pays où elle est née. Quand la Yougoslavie s’est divisée sur une base ethnique, les Roms n’y avaient plus leur place. Ils ont fui dans les pays les plus proches. Peu leur importait qu’il s’agisse de l’Italie, de la Grande-Bretagne ou de la Belgique.
Je ne sais pas qui a commencé à dire que c’était dans leur sang de vivre en nomades. Les Roms ne sont pas des nomades. Ils ne bougent pas. Ils s’établissent, même si c’est dans des bidonvilles. La plupart des Roms d’Italie veulent être régularisés. Ils ne considèrent pas la Serbie ou autre Croatie comme leur pays. En ce moment, avec plusieurs ONG internationales, nous mobilisons des avocats afin de recueillir tous les papiers des Roms pour essayer de leur obtenir la nationalité italienne. Il faut traiter chaque cas individuellement.
Face à la délinquance, en Italie comme en Bulgarie, des citoyens s’organisent en milices pour assurer la sécurité des quartiers. Les Roms respectent le droit coutumier (Romani Criss) mais pas toujours le droit national ?
Le Romani Criss est l’héritage historique de l’arrivée des Roms d’Inde en Europe au XIVe siècle. Ils étaient alors illégaux, chassés d’un pays vers l’autre. Et dans ce contexte spécifique, ils se sont dotés de moyens pour résoudre les problèmes de la communauté. Ils ont fondé le Romani Criss, une sorte de cour de justice composée des hommes les plus âgés qui pouvaient condamner un Rom au bannissement ou à avoir le crâne rasé. Ce fonctionnement était lié au nomadisme, auquel ils étaient alors contraints. La communauté ne dépendait d’aucune cour nationale. Mais le Romani Criss n’est pas une législation, c’est une éthique communautaire. Et les règles du Romani Criss ne s’opposent en rien aux législations nationales.
Illégaux, les Roms en Italie ne bénéficient pas des soutiens sociaux auxquels ont droit les citoyens italiens pauvres. Je ne dis pas qu’ils ne pratiquent aucune sorte de criminalité, et le besoin ne les excuse pas. Les crimes doivent être punis. La réponse doit être la même pour chaque individu.
Quelle est, à votre avis, la meilleure approche pour améliorer la situation des Roms : nationale ou européenne ?
Les deux. Je pensais il y a quelques années que la question de l’intégration des Roms devait être de la responsabilité nationale, car chacun des vingt-sept Etats membres a une situation différente : problèmes sociaux, citoyenneté en Italie, ségrégation scolaire ailleurs. Mais maintenant, après mon expérience au gouvernement en Hongrie, jusqu’en 2004 (comme ministre déléguée à l’éducation), je sais que la responsabilité doit être double. J’ai pu faire adopter des lois contre la ségrégation qui ont permis de développer un programme pour l’éducation, largement financé par l’Europe.
Accord européen sur la durée de détention des immigrés illégaux
5 juin 2008
LUXEMBOURG (Reuters) - Les ministres de l’Intérieur des Vingt-Sept ont entériné un accord très controversé fixant à 18 mois la durée maximale de détention des immigrés clandestins avant leur expulsion vers leurs pays d’origine.
Ils ont ainsi adopté un compromis passé entre la présidence slovène de l’Union européenne et des membres du Parlement européen, qui doit encore confirmer son assentiment ce mois-ci lors d’un vote où chaque voix comptera.
“J’espère vraiment que le Parlement votera en première lecture”, a déclaré le ministre slovène de l’Intérieur, Dragutin Mate. “Sinon, c’est le scénario-catastrophe. Il faudrait tout recommencer à zéro, cela prendrait au moins trois ans.”
Après trois ans de négociations sur la “directive retour”, qui entrera en vigueur en 2010, l’UE a adopté comme durée maximale la norme britannique et allemande et a fixé à cinq ans l’interdiction de pénétrer à nouveau sur son territoire.
Les défenseurs des droits de l’homme ont protesté contre ce projet qu’ils jugent très dur, puisque la durée maximale de la détention n’est par exemple que de 32 jours en France.
La durée maximale sera de six mois, avec la possibilité de l’allonger de 12 mois dans certaines circonstances, par exemple le manque de coopération du pays d’origine de l’immigrant illégal qui refuserait son retour.
Les pays membres seraient autorisés à maintenir une durée de détention inférieure à 18 mois et seuls les huit pays où la durée de détention est supérieure à cette durée ou qui n’ont pas de règle fixe devront adapter leur législation.
Mais les défenseurs des sans papiers estiment que la directive européenne risque d’inciter les Etats membres à s’aligner sur la durée maximale prévue par l’accord.
En outre, le texte prévoit que les enfants peuvent également être détenus, mais pendant une durée aussi brève que possible.
Le ministre français de l’Immigration, Brice Hortefeux, a toutefois annoncé que la France ne modifierait pas sa loi.
“Ça ne changera rien pour le système français”, a-t-il déclaré en assurant que la durée maximale de rétention resterait de 32 jours, la moyenne se situant à 12 jours à peine.
Le commissaire européen chargé du dossier, Jacques Barrot, s’est emporté contre les critiques qu’il juge injustes.
“PROGRÈS INCONTESTABLE”
“Je crois qu’il ne faut pas caricaturer, cette directive constitue un progrès incontestable”, a-t-il dit en rappelant qu’il s’agissait des normes du Conseil de l’Europe et que cela permettra d’harmoniser des pratiques législatives disparates qui sont mises à profit par les “passeurs” d’immigrés clandestins.
Tous les Etats membres devront accorder aux immigrés illégaux un droit de recours contre la décision d’expulsion et financer leurs droits de représentation devant la justice ainsi qu’une assistance linguistique et les soins médicaux.
Le texte adopté prévoit que la détention ne doit être qu’un dernier recours, lorsque des mesures moins coercitives ne peuvent être appliquées pour des raisons de maintien de l’ordre.
Les défenseurs des droits de l’homme ont appelé le Parlement européen à rejeter cette législation. Les conservateurs et les libéraux la soutiennent, mais les socialistes de même que les écologistes et les communistes y sont opposés sous sa forme actuelle, ce qui rend l’issue du vote difficile à prédire.
Le nombre d’immigrés illégaux est estimé à huit millions dans l’Union par la Commission européenne.
Plus de 200.000 illégaux ont été arrêtés dans l’UE pendant la première moitié de 2007 mais moins de 90.000 ont été expulsés.
La procédure aboutit parfois à des conséquences tragiques: un ressortissant camerounais s’est suicidé le mois dernier en Belgique après avoir appris qu’il allait l’être.
Cet accord est de bon augure pour la présidence française de l’UE, au deuxième semestre de 2008, au cours de laquelle Nicolas Sarkozy veut parvenir à un “pacte sur l’immigration”, un sujet qui divise profondément les Etats membres.
Le président français a vivement critiqué l’Espagne socialiste, qui a régularisé plus de 700.000 immigrés clandestins en 2005, dans la mesure où ils sont ensuite libres de se rendre dans n’importe quel autre pays de l’UE.
In Memoriam Sensee Kanneh
Lundi 19 mai 2008, un jeune Africain s’est jeté du haut du Palais des Congrès de Montpellier.
Sensee Kanneh faisait partie d’un groupe de neuf jeunes réfugiés libériens qui, fuyant la guerre civile au Liberia en juin 2003, sont montés à bord du dernier bateau à quitter le port de Monrovia. Ils sont arrivés à Sète mais auraient sûrement préféré se retrouver dans un pays dont ils parlaient la langue. Pour Sensee c’était la deuxième fuite en bateau. A 15 ans il s’était retrouvé seul dans la foule des réfugiés qui cherchaient un refuge au Ghana. Sensee a eu la chance de se voir reconnaître le statut de réfugié par l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides (OFPRA) fin 2006, après 3 ans et demi de galère.
Malgré l’aide de ses amis, Sensee peinait à trouver sa place dans la société française dont il restait toujours un peu en marge. Sensee, c’était cette histoire d’une enfance et d’une adolescence au coeur d’une guerre civile interminable, une histoire de traumatismes sans doute insurmontables.
Mais Sensee, c’était aussi un garçon, d’une vingtaine d’années, attachant, avec ses rêves naïfs de rappeur pour dire sa fierté d’être libérien, pour dire ses croyances, son désir et son mal de vivre. Sensee, c’était la fuite en avant. « I fly and I fall down, down. Je vole et je tombe, tombe. » Ce lundi 19 mai les personnes présentes sur la terrasse du Corum n’ont pu rien faire pour le retenir
Par sa mort, Sensee vient durement nous rappeler que ces étrangers, toujours soupçonnés de n’être que des « sans papiers », sont des personnes, des hommes, des femmes, des enfants qui connaissent la souffrance de l exil. En ce moment où on ne parle et ne voit quechiffres d’expulsions, elle nous somme d’affirmer la nécessité criante de dénoncer toutes les atteintes aux injonctions du droit d’Asile dans nos pays, en France comme en Europe.
La CIMADE Montpellier
L’UE harmonise l’expulsion des sans-papiers, l’Italie les criminalise
BRUXELLES (AFP) — Les pays européens ont approuvé jeudi des règles communes pour l’expulsion des quelque douze millions d’immigrés vivant dans l’illégalité sur leurs territoires, désormais considérés par l’Italie comme des criminels.
Les nouvelles normes, avalisées lors d’une réunion des ambassadeurs des 27 à Bruxelles, visent à dissuader l’immigration clandestine avec l’institution d’un bannissement de cinq ans du territoire de l’UE après une expulsion.
Cet accord intervient alors que le gouvernement italien a présenté mercredi de nouvelles mesures contre les immigrés illégaux, après des incidents impliquant la communauté Rom. Il assure qu’elles respectent les lois communautaires.
Mais certains de ses partenaires en doutent. Le chef de la diplomatie roumaine Lazar Comanescu a ainsi mis en garde contre toute dérive. “Nous ne les laisserons pas passer”, a-t-il averti.
Plusieurs membres du gouvernement espagnol ont également exprimé leur réprobation devant la volonté italienne de criminaliser les “sans papiers”.
“Cela ne nous paraît pas proportionné d’adopter une telle mesure qui devrait être discutée avec les pays européens, parce qu’elle a des effets dans d’autres pays de l’Union européenne”, a jugé jeudi le secrétaire d’Etat espagnol aux Affaires européennes Diego Lopez Garrido, après une rencontre avec son homologue italien Andrea Ronchi à Madrid.
Les règles communes approuvées jeudi par les Etats membres donnent toutefois à l’Italie une grande latitude d’action.
Le texte, qui devra encore être validé par les ministres de l’Intérieur des 27 et voté en juin au Parlement européen, contraint les autorités nationales à choisir entre légaliser le séjour des “sans papiers” ou les expulser.
Il prévoit que le départ d’un sans-papiers, appelé pudiquement “éloignement”, devra se faire sur une base volontaire.
Mais en cas de résistance, il pourra être forcé et obligatoirement assorti d’un bannissement du territoire de l’UE pendant cinq ans. Les enfants sont également concernés.
En cas d’expulsion forcée, les autorités pourront décider de la détention des clandestins pour une période maximale de six mois, pouvant dans certains cas être prolongée jusqu’à 18 mois, notamment en cas de risque de fuite ou de retards pour obtenir des pays tiers les documents nécessaires.
Sous couvert d’harmonisation, des pays comme la France, l’Italie et l’Espagne, où la durée de rétention n’excède pas deux mois, vont ainsi pouvoir l’augmenter.
“La détention ne sera autorisée que lorsque d’autres dispositions moins coercitives n’auront pu être utilisées et elle nécessitera un ordre écrit indiquant les motivations”, a cependant assuré l’UE dans un communiqué.
Mais les défenseurs des droits de l’homme dénoncent le caractère uniquement répressif de cette harmonisation.
“Des pays très répressifs vont se cacher derrière ce texte pour adopter des lois qui vont contre les droits de l’homme”, s’insurge ainsi la socialiste française Martine Roure.
Les mesures présentées mercredi par Silvio Berlusconi confortent leur analyse. Elles font en effet de l’immigration clandestine un crime en Italie. Les sans-papiers sont désormais passibles d’une peine de 6 mois à quatre ans de prison.
Leur expulsion est facilitée et leur détention dans des centres de rétention pourra durer 18 mois, comme le prévoit le projet de directive européenne.
La présidence slovène espère que la nouvelle directive sera adoptée en première lecture au Parlement européen début juin.
Mais les eurodéputés socialistes ont préparé plusieurs amendements pour limiter à six mois la durée de la détention des sans-papiers avant leur expulsion et leur garantir des protections.
Si ces amendements sont adoptés, les Etats membres seront obligés de replancher sur le texte.
Rassemblement 7 mai 2008 à Bruxelles (PDF)
Discret charter pour cent seize Roumains à Marignane
20 Minutes
29/04/2008 - 07h11
L’opération n’a pas filtré, même si elle a eu lieu devant les caméras de TF1 : cent seize Roumains ont quitté jeudi l’aéroport Marseille-Provence pour gagner Timisoara. Soixante-quatorze d’entre eux, dont dix-neuf mineurs, sont des Roms qui vivaient dans le département. Les quarante-deux autres viennent de la région varoise.
« Tous végétaient dans des conditions déplorables, vivant de la mendicité ou de la recherche de détritus et dormaient dans des squats », explique Alain Honnet, directeur régional de l’Agence nationale de l’accueil des étrangers et des migrations qui a organisé cette opération de « rapatriement sanitaire ». Aucun incident n’a été constaté durant le vol, selon la police aux frontières.
Omar Charif - ©2008 20 minutes
Accord sur les règles de reconduite des sans-papiers en Europe
25/04/2008
L’Europe a jeté le 23 avril les bases d’un accord pour harmoniser ses règles de reconduite aux frontières ou de régularisation des immigrants clandestins, qui pourrait permettre de prolonger leur rétention jusqu’à 18 mois.
Des négociations en ce sens entre représentants du Parlement européen, des 27 pays de l’UE et de la Commission “ont abouti”, a indiqué le ministre slovène de l’Intérieur, Dragutin Mate, en marge de la session du Parlement européen à Strasbourg.
Il a refusé de livrer dans l’immédiat le moindre détail sur la teneur du compromis obtenu.
Selon une source proche des négociations, il prévoit notamment que la durée de rétention maximale des étrangers en situation irrégulière soit de 6 mois, auxquels pourraient s’ajouter 12 mois supplémentaires dans des cas exceptionnels.
Selon une autre source, le texte maintient aussi la possibilité de placer en rétention des mineurs non accompagnés. “Nous avons un compromis, il reste maintenant à dégager les majorités requises dans les 2 institutions” (le Conseil des États membres et le Parlement), a ajouté M. Mate.
Ce texte est discuté depuis environ 3 ans. L’accord de principe annoncé mercredi intervient alors que la question du sort à réserver aux clandestins en Europe fait régulièrement polémique.
Le futur ministre de l’Intérieur de Silvio Berlusconi, Roberto Maroni, vient de promettre “plus de rigueur contre l’immigration clandestine” ainsi que davantage de “nettoyage et de police”.
La France a fait pour sa part de l’harmonisation des politiques d’immigration en Europe une des grandes priorités de sa présidence de l’UE au second semestre.
Selon le négociateur du Parlement, le conservateur allemand Manfred Weber, le texte de compromis, qui ne concerne pas les demandeurs d’asile, “ne criminalise pas les étrangers en situation irrégulière”. Il encadre la possibilité, soit d’organiser leur expulsion, soit de légaliser leur situation, afin “d’éviter de faire d’eux des esclaves modernes”.
“Les 27 souhaitaient des règles pratiques pour le retour des immigrés en situation illégale, le Parlement voulait toute une série de garanties”, a précisé M. Weber, soulignant avoir obtenu “de bons résultats dans les domaines du droit de la famille, sur le principe du départ volontaire ou l’accès des ONG aux locaux de détention”.
À l’heure où le gouvernement français vient de promettre une étude au cas par cas des demandes de régularisation de quelque 600 travailleurs sans papiers actuellement en grève, le texte pourrait être entériné définitivement au début de la présidence française de l’UE, cet été. Il devrait être soumis en juin au vote des eurodéputés.
En l’état, le compromis n’est néanmoins pas assuré totalement d’obtenir une majorité dans l’hémicycle. “Je n’ai pas donné mon accord à ce compromis”, a ainsi déclaré la socialiste française Martine Roure. “C’est un accord entre le rapporteur du Parlement et les 27, mais plusieurs groupes politiques ne le soutiennent pas”, a-t-elle précisé.
Les ONG critiquent depuis longtemps le projet. Beaucoup d’entre elles ont signé une pétition qui juge que “l’Europe se transforme en une forteresse cadenassée et met en oeuvre des moyens démesurés pour empêcher l’accès à son territoire et expulser les sans-papiers”, sur le site internet
http://www.directivedelahonte.org/
Elles jugent que le contenu de ce projet de loi -qui prévoirait en outre l’interdiction pour les étrangers expulsés de revenir en Europe pendant 5 ans- “officialise la disparition de principes fondamentaux” touchant les droits des personnes. Les ONG ont appelé à un rassemblement à Bruxelles le 7 mai.
AFP/VNA/CVN (25/04/2008)




