VALEURS DU SPORT
SPORT, VALLEURS DU SPORT ET POLITIQUE SPORTIVE en Seine Saint-Denis
Malika Metnani
Rapport d’enquête décembre 2001
Le sport ne fait pas partie des interventions obligatoires d’un Conseil Général. Avec un budget de 68 millions de francs, le Département de la Seine-Saint-Denis, depuis 10 ans, entend construire une politique sportive originale entre l’intervention de l’Etat et celle des communes : une politique d’excellence (comme en matière culturelle) de promotion des disciplines (10 au total ). Il s’agit d’une politique de conventionnement avec les grands clubs, ayant pour but de promouvoir des pratiques de mutualisation des moyens et de mise à disposition des savoir-faire de haut niveau au service des clubs plus modestes. Ce faisant, le Département met en œuvre un type de politique publique qui tend à se développer dans d’autres domaines : une intervention financière et partenariale au sein de pratiques de droit privé afin de promouvoir des principes et des pratiques de fonctionnement.
Le Conseil général a souhaité une évaluation de sa politique.
L’évaluation des politiques publiques est un exercice classique largement pratiqué et pourtant toujours délicat. Il met en effet toujours commanditaires et évaluateurs devant une question complexe : que voulons-nous évaluer ? Les effets des choix politiques sur les procédures publiques ? C’est le choix qui a été le plus souvent fait pour la politique de la ville.
Les effets objectifs et quantitatifs de la politique sur le champ social concerné ? Cette évaluation quantitative est toujours possible : ventilation des crédits, évolution du nombre de conventions, nombre de clubs concernés… Mais il s’agit tout au plus d’une évaluation des moyens mis en œuvre.
Pour une part, cette évaluation, avait déjà été dessinée en interne au moment de mettre en chantier cette étude. Elle ne répond pas à une troisième question possible : comment la politique du Conseil Générale est-elle identifiée par ceux qu’elle concerne et par les autres, en quoi elle est, ou non, porteuse d’une certaine idée du sport (et laquelle) ? En quoi elle est, ou non, porteuse d’une certaine idée de la responsabilité publique en ce domaine (et laquelle) ?
Or qu’est-ce qu’une politique, même pratiquement opérationnelle, si elle n’est pas ‘’identifiée’’ comme telle par ceux auxquels elle s’adresse ? Une politique publique s’évalue autant à sa capacité d’imposer son point de vue qu’à sa capacité d’imposer ses décisions. Et la première question qui se pose donc est : en a-t-elle un, de point de vue ?
A cette question s’enchaîne alors logiquement une série d’interrogations : quels sont ses principaux énoncés ? Est-elle porteuse d’une certaine cohérence prescriptive dans le champ dans lequel elle intervient ? A-t-elle une idée du point de vue de ceux auxquels elle s’adresse et que compte-t-elle modifier ? Comment est-elle pensée par ces derniers ? Qu’en attendent-ils et qu’en font-ils ?
On voit bien, à partir du moment où l’on commence à décliner les interrogations, que la question de l’identification de la politique, en l’occurrence ici, la politique sportive du Conseil Général, va bien au-delà du simple problème de « communication » auquel on la résume trop souvent.
La politique sportive du Conseil Général est porteuse d’une certaine idée du sport. Il nous a semblé essentiel de creuser cette piste, du côté du Conseil Général et des acteurs institutionnels bien sûr, mais aussi du côté des acteurs de terrain. Au fond, l’interrogation fondamentale peut se ramener à « de quoi sport et politique sportive sont-ils les noms pour les acteurs de la politique départementale et pour les animateurs des clubs ? ».
Une telle enquête est certes un peu en décalage, de ce qui se fait habituellement en matière d’évaluation de politique publique. Mais il a semblé indispensable sur ce terrain, de savoir si cette politique était effectivement « pensable » par ses protagonistes et pensable sur des idées et des représentations en partage sur le sport, ses valeurs, son rôle social, son organisation. L’intérêt d’une telle approche est d’aller au-delà du simple bilan et de dégager les conditions subjectives et culturelles de nouveaux développements des choix déjà opérés. Elle permet non seulement de traiter de la question récurrente de la communication, mais de se tourner résolument vers ‘’les possibles’’.
Dans ce cadre, la démarche proposée a été celle qui préside régulièrement aux enquêtes de l’équipe de la Maîtrise de Sciences et Techniques « Formation à la connaissance des banlieues » depuis sa mise en place en 1994, qu’il s’agisse des enquêtes annuelles ou des études effectuées par l’équipe de recherche sur les foyers Sonacotra d’Argenteuil ou la démarche « Bonjour voisin » de la municipalité de Saint-Denis. Il s’agit d’enquêtes qualitatives sur guide d’entretien (l’entretien peut durer plusieurs heures) effectuée sur un échantillon restreint. Le texte des réponses, entièrement retranscrit fait l’objet d’une analyse de contenu extrêmement fouillée et technique.
Dans ce cadre, l’Association « les séminaires de Saint-Denis » a proposé de mettre en œuvre deux enquêtes successives:
1. Une enquête sur la perception de la politique départemental du sport par les professionnels
Cette enquête auprès des professionnels animateurs de clubs ou responsables de Comités Départementaux (bénéficiant de la politique départementale ou non) a eu pour objet d’identifier leur façon de concevoir le sport, le rôle des clubs, des fédérations, le rôle des pouvoirs publics et du Conseil Général en particulier.
L’enquête a débuté à la fin du mois de juillet 2000. Les personnes interrogées dans leur grande majorité ont accueilli favorablement la démarche et ont apprécié que le Conseil Général initie une enquête qui prend en compte leurs idées sur sa politique sportive. Nos interlocuteurs ont été au nombre de 32, hommes et femmes. En ce qui concerne la première enquête beaucoup d’entre eux occupent des postes de dirigeants au sein des instances institutionnelles (clubs, fédération, ligue). Les entretiens sont d’une durée moyenne d’environ deux heures, ils se tenaient en général sur le lieu officiel des structures, mais aussi, pour certains interlocuteurs, sur le lieu de leur travail professionnel.
2. Une enquête sur la logique et la mise en œuvre de la politique sportive proprement dite.
Cette enquête, auprès de professionnels ou d’élus du conseil général ou du ministère a eu pour objet d’identifier ce dont sport, valeurs du sport, mouvement sportif était le nom dans cet espace. Outre le dépouillement de la documentation mise à disposition par le Conseil Général, l’enquête a consisté en une série d’entretiens par questionnaires, utilisant la démarche habituelle de l’équipe de recherche de la Maîtrise de Sciences et Techniques « Formation à la connaissance des banlieues » dans ses enquêtes annuelles sur les banlieues, de recueillir précisément le point de vue des différents acteurs, du côté des clubs comme du côté du Conseil Général, afin d’identifier ce que signifie pour eux sport et politique sportive, comment est pensée la politique sportive du Département, ses objectifs, ses moyens, ses critères d’évaluation.
Problématisation
L’enquête mise en œuvre n’est pas une enquête d’opinion. C’est une enquête sur la « pensée des gens » dans une démarche d’anthropologie de la pensée.
Ce que pensent les gens : c’est ce point qui rend le mieux compte du type d’enquête que nous avons fait et il est donc nécessaire de donner quelques explications. Nombre de travaux qui sont à l’heure actuelle menés d’une part dans la formation doctorale de l’Université Paris VIII «anthropologie et Sociologie du politique », d’autre part par l’équipe de recherche «des Séminaires de Saint-Denis » tentent de mettre en pratique dans le cadre d’enquêtes l’énoncé «les gens pensent ».
Or, curieusement, cet énoncé ne va pas de soi . Tout au contraire, il prend le contre-pied de toute une tradition universitaire selon laquelle la pensée au sens plein, au sens de son exigence forte, était celle des savants dans leur travail scientifique. En d’autres termes, seule la connaissance scientifique, avec ses protocoles propres, ses apprentissages nécessaires, avait statut de pensée. Il n’y avait de pensée rationnelle que de pensée scientifique et, en conséquence, les formes de conscience, les représentations, les idées, bref l’ensemble de l’activité mentale des gens, au titre de son caractère non scientifique, était de fait comme de la non-pensée, partielle et nécessairement fausse puisque ne relevant pas de la science. Elle était répertoriée comme pré-notionnelle, idéologique.
Si les gens pensent, ce n’est pas en tant que savants, puisqu’ils ne le sont pas. Avec pour seul référent la pensée scientifique, il est bien vrai que les gens ne pensent pas. Si l’on veut tenir l’énoncé «les gens pensent », énoncé nécessaire à l’idée de démocratie et de liberté de la décision, alors il faut admettre qu’il y a une pensée des gens, absolument différente de la pensée scientifique, tout en étant cependant d’une extraordinaire profondeur, parce que c’est une pensée rationnelle ; bien que là encore, cette rationalité soit toute autre que la rationalité des protocoles scientifiques
Rompre avec cette vision, c’est ce qu’a entrepris de faire notre équipe de recherche en proposant de prendre au sérieux la pensée des gens, de la considérer comme une vraie pensée et non pas comme une sous-pensée. Cela signifie qu’il faut considérer qu’il existe, en dehors de l’espace savant ou de l’espace institutionnel, un univers d’intellectualité et de rationnalité (la pensée des gens), qui a la double caractéristique d’être largement en partage et d’être occulté et méconnu par toutes les formes de discours et de pensée « autorisée » (savante ou politique). Il s’agit donc de se donner les moyens de la recueillir et de la décrypter.
Si la pensée scientifique développe, comme nous le disions, ce que le savant peut savoir du monde à travers ses protocoles d’investigation, la pensée des gens développe aussi ce qu’il en est de leur rapport au monde, des idées qu’ils en ont. Alors le travail d’enquête, quand on s’intéresse aux gens en allant jusqu’à leur faire crédit d’une pensée éventuelle, va être, à l’occasion d’entretiens de rassembler ces idées, de mettre en lumière leur cohérence interne, leur système de thèse, c’est à dire comment se donnent là d’authentiques systèmes intellectuels, ‘’inimaginables et inconnaissables’’ sans ce rapport de considération et d’intérêt pour les gens.
La difficulté première vient du fait qu’il y a une multiplicité de pensées. La pensée scientifique en est une, essentielle et exigeante, qui développe le point de vue du savant sur le monde. La rationalité institutionnelle en est une autre. Elles ont en commun de se construire sur des prédicats logiques et de rompre la polysémie des mots par une démarche ‘’définitionnelle’’. La pensée populaire et courante que nous nommons « pensée des gens » s’organise de façon différente. Elle se construit autour des mots plus qu’autour de prédicats. La polysémie est rompue par l’usage du mot et non par une définition préalable (conceptuelle ou légale). Enfin, la pensée se cristallise sur des énoncés de type ‘’prescriptif’’[1] et non ‘’descriptifs’’ .Cette pensée, quand elle est identifiable se cristallise sur l’énoncé de ‘’possibles’’[2]
Une enquête sur les mots et le sens des mots s’impose donc ici.
C’est à partir de cette identification qu’a été construit le questionnaire d’enquête comme « enquête sur les mots » telle qu’elle est pratiquée par l’équipe de Paris 8 et l’association « les séminaires de Saint-Denis ». Et c’est sur l’identification ‘’des mots problématiques’’ qu’a d’abord porté le travail du comité de pilotage mis en place au début de l’enquête.
Une dernière précision d’ordre méthodologique et analytique doit être faite. Il est aujourd’hui convenu par beaucoup que le réel est unique, qu’il est là, que si chacun en parle dans ses propres mots et en regard de sa propre situation, pourtant chacun parle de la même chose. On pourra par exemple dire ici, que le sport est le sport et donc, le Conseil Général, les sportifs, les dirigeants de club, les bénévoles, la municipalité, etc, ont certes chacun un regard et un usage du mot sport, mais que c’est pour tous de la même chose qu’il s’agit. Toutes les enquêtes que nous avons faites montrent qu’il n’en est rien. Nous verrons comment la municipalité construit à l’intérieur de sa logique, une certaine idée du «sport », comment le Conseil Général en a une autre, les joueurs une troisième, etc. Et elles sont chacune singulières à un système de pensée propre. On voit bien le déplacement que cela appelle :
La question n’est plus «qu’est-ce que le sport », ce qui ouvre à la vaine recherche d’une définition, mais bien, « qu’est-ce que le sport, pour vous ». Et pour y répondre, il a fallu interroger successivement tous ceux qui, à un titre ou à un autre, répondent à cette question.
Là encore, pour les joueurs, les présidents de clubs, la municipalité, le Conseil Général, on peut supposer que ce qu’ils appellent « sport » est absolument interne à leur pensée, à la problématique qui est la leur, on pourra dire interne à leur langue. C’est à mieux connaître celle des acteurs de terrain que vise la première enquête.
Peut-être est-il utile de redire encore une fois, que ce que disent les acteurs de terrain n’a pas à nos yeux statut de vérité générale sur les différentes questions que nous aborderons dans nos entretiens. Cela n’abolit nullement l’existence sur ces questions d’autres démarches et d’autres langues. Mais il s’agit de répondre au souhait du Conseil Général, par le biais de cette étude, d’évaluer sa politique singulière qui résulte de sa définition d’une politique publique dans le domaine du sport et de donner la parole aux gens du terrain qui, on le sait, est souvent peu entendue comme parole.
Un des résultats les plus patents de nos différentes enquêtes est qu’il n’y a rien de plus opposé à la pensée des gens que la pensée sociologique, selon laquelle la société est composée de classes ou de groupe ou de strates, visibles ou invisibles, conscientes ou inconscientes, et que chacun, quand il parle, le fait, adossé à son appartenance de groupe ou de communauté, et que ce qu’il exprime n’est jamais que l’effet, clair ou biaisé, au mieux de son collectif, au pire de sa catégorie professionnelle d’appartenance.
De l’intérieur même de la sociologie, cette conception de la société est aujourd’hui hésitante. En effet l’ancien espace des choses, qui était également homogène à leur nomination, soit a disparu, soit se trouve considérablement transformé. Bien sûr, on peut proposer que « communauté » soit aujourd’hui le groupe de référence. Mais à supposer, même, ce qui n’est pas le cas, qu’il vaille pour l’ensemble des gens, ceci ne nous donnera jamais qu’une juxtaposition de communautés, juxtaposition sans ordre, car communauté n’inclut comme concept aucun principe de structuration des différentes communautés entre elles, comme cela était valable dans la problématique des classes sociales.
Aujourd’hui toute enquête auprès des gens est une mise à l’épreuve et une illustration, plus même, une spécification, de ce que les temps actuels, sont marqués par une conjoncture grave et difficile où la problématique de l’Etat et celle de la politique n’ont pas les soubassements antérieurs. La sociologie se trouve la nécessité de renouveler sa problématique, de désignation et de conceptualisation des groupes qui composent à ses yeux la société. Et la tâche est difficile.
Il n’y a guère d’autres choix, pour penser les situations, que de passer par la façon dont ces situations sont pensées par ceux qui les vivent. La question n’est donc pas de chercher quelle est la situation objective (sociale, professionnelle etc.) qui serait en mesure d’expliquer l’expression de telle ou telle « opinion ». La question est bien « qu’est-ce que les gens pensent et en quoi cette pensée pèse sur la situation », en quoi elle prend en compte, en quoi elle peut relayer la politique du conseil général ou au contraire, sur tel ou tel point, en être un obstacle… ? Quels sont les gens dont la pensée nous intéresse dans cette optique ?.
On comprendra bien, à la lecture de tout ce qui précède, que la problématique de l’échantillon d’enquête se pose ici de façon complètement renouvelée. Elle a fait l’objet d’un long débat au sein du comité de pilotage[3]. Cette problématique se décompose en deux questions :
1. A partir de quel seuil quantitatif peut-on considérer que l’enquête est scientifiquement fondée ? Sommes-nous dans une démarche de sondage ou d’enquête qualitative. Dans le premier cas un échantillon de plusieurs centaines de personnes est indispensable. Mais l’analyse de contenu disparaît au profit de la seule analyse statistique. Ce n’est pas le choix proposé. Dans le second cas, 20 à 30 entretiens suffisent pour dégager les grands traits d’une pensée populaire. L’expérience prouve qu’au-delà le matériel d’enquête réuni devient répétitif. C’est aussi un seuil matériel au-delà duquel l’analyse de contenu ne peut pas être poussée au bout.
2. Faut-il un échantillon « représentatif » de la population concernée. Dans les sondages, la représentation socio-démographique apparaît comme un passage obligé. Ici, il s’agira plus de cerner une représentativité de situations dans l’espace du sport. C’est sur ce dernier critère qu’a été construit l’échantillon.
Une procédure originale
Originale dans sa problématique et sa méthode, l’enquête l’a aussi été dans la mise en place d’un travail collectif. En effet, un groupe de pilotage a été mis en place du côté du Conseil Général associant responsables de la politique sportive au sein de l’institution et partenaires sportifs et universitaires.
D’un bout à l’autre du processus, l’équipe de recherche a été amenée à travailler avec le groupe de pilotage :
1. Pour l’élaboration du questionnaire d’enquête. L’élaboration du guide d’entretien a été précédée d’une série de séances de travail avec les acteurs du conseil général afin de préciser avec les principaux intéressés la nature et le contenu du questionnement.
2. Pour l’élaboration de l’échantillon
3. Pour le travail sur les différentes étapes du dépouillement et de l’analyse. La totalité du travail a été ponctuée par de moments d’interlocution entre l’équipe de recherche et le comité de pilotage
Ce travail en commun, chacun gardant son champ de compétence propre, a été particulièrement productif. Il a permis de pousser la qualité de l’enquête de terrain et de son analyse. Il a permis par ailleurs une meilleure appropriation des résultats par l’ensemble des membres du comité de pilotage qui en devenaient quelque part des ‘’co-auteurs’’.
Les valeurs du sport
Problématique générale
Pour de nombreux chercheurs, la question centrale est celle de l’interprétation du phénomène du sport moderne. Il semble que cela soit une question indissociable pour les historiens de l’industrialisation et de la rationalisation des pratiques sociales, mais aussi du questionnement sur l’émergence des Etats-nations modernes. Certains chercheurs proposent aujourd’hui de s’interroger grâce à la question du sport, sur la réalité effective de phénomènes comme la globalisation et le déclin de l’Etat-nation.
Dans les termes de notre démarche, il s’agit d’identifier dans le domaine sportif, la crise de l’Etat. Nous pensons que le mot sport n’est plus en partage dans l’esprit public. Sur l’espace du sport, la société aujourd’hui est chargée de trouver une nouvelle politique sportive.
Après enquête, il nous apparaît que dans cette étude le mot problématique est valeur. En effet, c’est sur ce mot que la politique sportive du Conseil Général a été identifiée par les personnes interrogées.
Les réponses de nos interlocuteurs nous permettent d’une part, de mieux identifier les questions sur l’idée du sport, d’autre part, d’avancer que ce n’est pas la situation des personnes interrogées en Seine-Saint-Denis sur le mot sport, qui est en partage, mais la question du nom du sport en intellectualité dans la conjoncture actuelle.
Nous sommes en mesure de dire au terme de cette étude, que la problématique posée est bien celle des valeurs du sport. En effet, notre analyse a montré que lorsque le sport est porteur de valeurs cela est identifié par une attente de prescriptions de l’Etat au niveau de la règle de fonctionnement pour le sport. Par contre, si le sport n’est pas identifié comme porteur de valeurs alors l’attente sera uniquement celle du financement de l’Etat et ne correspondra qu’à un espace sportif occupationnel.
La politique sportive du Conseil Général se veut une politique de conventionnement avec les grands clubs, ayant pour but de promouvoir des pratiques de mutualisation des moyens et de mise à disposition des savoir-faire de haut niveau au service des clubs plus modestes.
Les questions que pose la mission d’évaluation :
“ Grands clubs, clubs plus modestes ”, ces deux espaces du sport sont-ils distincts du point des valeurs du sport ? Y aurait-il un premier espace d’excellence avec des valeurs du sport et un second espace déserté par les valeurs du sport que nous nommerons : espace occupationnel ? La politique du Conseil Général poursuit-elle la piste du lien entre le sport de haut niveau et le sport plus modeste, car elle estime qu’en termes de valeurs du sport ce sont deux espaces séparés ?
La politique du Conseil Général ne privilégie pas l’espace occupationnel, mais investit l’espace d’excellence avec des valeurs du sport qui poursuivent le but de tirer vers l’excellence l’espace du sport plus modeste ?
Les « noms » des valeurs du sport
Nous avons travaillé sur les idées que les acteurs de cette politique ont sur les valeurs du sport. Nous avons pu dégager la catégorie de valeur et montrer comment à partir de là, plusieurs scénarios et dispositifs sont repérables dans les pratiques de nos interlocuteurs.
Notre entrée par le mot problématique valeur et la proposition de dire “ le sport est porteur de valeurs ”, est une proposition qui tient sous condition de l’identification qu’il y a « de l’Etat ».
Autrement dit, l’identification de la proposition “ le sport est porteur de valeurs ” est inséparable de la proposition “ l’Etat a à prescrire sur cette question ”. Nous insistons sur ce point, car c’est un préalable indispensable à l’identification de “ la politique sportive ” du Conseil Général. C’est ce dont nous traiterons dans un premier temps.
Dans notre deuxième partie, il ne s’agira pas, pour nous, de traduire en termes de lexicologie scientifique les idées et les propositions des personnes interrogées, mais tenter de suivre le fil complexe de quelque chose qui semble se dessiner autour de deux grandes familles de dispositifs :
- Il y a des valeurs du sport de haut niveau et une façon singulière de porter un regard sur les valeurs du sport de masse.
- Il y a des valeurs dans le sport de masse et une façon singulière de porter un regard sur le sport de haut niveau.
Le sport est porteur de valeurs
Dans notre avant propos méthodologique, nous avons exposé notre démarche et notre approche analytique des formes de conscience singulières. Et nous avons dit que ces dernières étaient identifiables par des thèses. “ Le sport est porteur de valeurs ”, est une thèse qui ne pouvait être dévoilée que par l’identification qu’il y a un Etat. Un Etat désigné par ces structures sportives de service public. Nous avons demandé à nos interlocuteurs ce qu’ils en pensaient :
- “ Que pensez-vous du service public en matière de sport en banlieue ” ?
- “ C’est quoi l’Etat pour vous ” ?
- “ Ce qui m’embête c’est votre terme banlieue ! Parce qu’ici c’est un département, c’est pas une banlieue !
- Pourquoi tout d’un coup le mot banlieue vous gène, c’est de le voir coupler avec le service public ?
‘’Il me gêne, à cause des événements… Parce que des événements…, il y en a aussi bien à Paris que dans des villages et que tout d’un coup on parle de banlieue…Bon, évidemment, il y a une concentration, comme on dit, en banlieue mais…,Versailles, y’a pas de problèmes ?…bon, vous me dites que le 93 c’est une banlieue, alors que c’est un département ! Parlons de villes ! C’est un regroupement de villes de banlieue, c’est un département ! Après je sais pas… il faudrait comparer la criminalité ou les problèmes sur la banlieue du 93 et X…. Et je suis sûr qu’au nombre d’habitants, il y a autant de problèmes dans le 93, qu’à X… ” !
“ Je ne pense pas qu’il faille un service public spécifique pour la banlieue…,peut-être des formes spécifiques… Je ne pense pas que ce soit un manque de moyens, mais que c’est beaucoup plus dans l’utilisation des ces moyens…Je crois qu’il y a beaucoup de gens qui travaillent dans leur coin et pas assez de coordination de ce travail ”.
Dans ces citations qui ont en commun le refus de banlieue pour désigner : ville, département ou le 93 ; ce qui est dit, c’est un souhait de ne pas faire sortir le mot “ banlieue ” de l’Etat. C’est aussi dire que c’est un espace où il y a des règles.
Ce que dit le refus du mot “ banlieue ”, c’est que le sport existe comme un objet social bien identifié et que lorsque cet espace existe, il est identifié par l’Etat en contact avec un endroit qu’il prescrit. Nous pouvons dire alors que pour nos interlocuteurs : l’Etat finance une structure qui prescrit des valeurs et qu’il y a une affirmation forte : le sport est porteur de valeurs.
La thèse qui affirme que le sport est porteur de valeurs, se décline dans les propos de nos interlocuteurs en plusieurs polarités.
Première polarité : des prescriptions à l’Etat
“ l’Etat, ça devrait être le garant de la constitution ! Ça devrait être sa responsabilité de contrôler toutes les instances à commencer par les fédérations, mais, aujourd’hui, ce n’est pas ça qui se passe ” !
“ …C’est bien de faire découvrir une activité sportive aux jeunes et de les diriger vers une structure sportive qui contient les valeurs du sport. C’est permettre aux jeunes d’être accrochés à ces vertus, qu’elles deviennent les leurs et les aident à grandir droits ”.
“ Ce que je pense, c’est qu’heureusement qu’il y a le service public pour le sport ! Sinon on tomberait dans quoi ? Le professionnalisme ? Ce serait pas la bonne solution. Si on n’avait pas les communautés territoriales et municipales à ce moment là : on serait à la recherche de sociétés qui seraient plus dans la recherche de promouvoir leurs marques que de s’occuper du sport ! Alors que là, il n’y a pas de problème, c’est bien ciblé !
Un espace du sport reconnu comme tel renvoie à une vision du développement sur l’Etat, c’est à dire que pour la majorité de nos interlocuteurs, le sport est porteur d’une double appartenance : d’une part, c’est une structure qui a un rapport avec l’Etat, “ l’Etat, ça devrait être le garant de la constitution ” d’autre part, le mot sport est identifiée par des valeurs : “ une structure sportive qui contient les valeurs du sport ”
Le sport est donc bien identifié à la fois comme porteur de valeurs et comme un espace institutionnel. Lorsque le sport est porteur de valeurs, alors se dispose cette singulière polarité chez nos interlocuteurs qui va leur permettre de prescrire à l’Etat et de tenir des prescriptions sur le sport.
“… C’est permettre aux jeunes d’être accrochés à ces vertus, qu’elles deviennent les leurs et les aident à grandir droits ”.
Dans cette citation, nous avons une proposition claire de prescription à l’Etat : l’Etat doit faire en sorte que les jeunes puissent venir dans des structures qui fonctionnent dans des valeurs du sport et qui affirment un principe fort de l’Etat pour tous. C’est bien parce que la personne a une prescription forte sur les jeunes, tous les jeunes et non pas certains jeunes, qu’elle peut demander à l’Etat d’être le facilitateur de ces propres prescriptions.
Deuxième polarité: Pas de prescriptions sur l’Etat
Lorsque le sport n’est pas porteur de valeurs, alors se dispose une polarité chez nos interlocuteurs qui ne va pas leur permettre de prescrire à l’Etat et de ne pas tenir des prescriptions sur le sport.
“ L’état, c’est l’administration ! Maintenant si on se rapporte au domaine de la politique sportive, je dirais que c’est plus que largement insuffisant ! ils ont des personnels compétents, mais ne leur donnent pas les moyens financiers ce qui limitent largement leurs actions ”…
“ …L’Etat dirige et depuis qu’il y la décentralisation l’Etat a fait de gros progrès, on est quand même plus proche et on a des réactions plus pratiques et plus rapides que précédemment ; et bien sûr on peut penser au Conseil Général qui a de plus en plus de pouvoir… ”
Dans les citations qui précèdent, il n’existe qu’une vision partielle et intéressée sur l’orientation d’un Etat financeur. Il n’y a aucune valeur du sport qui soit convoqué, l’Etat est reconnu et accepté uniquement sur les prescriptions pratiques ; il n’y a pas de vision d’un Etat sur les principes, mais une vision pratique sur l’Etat financeur.
L’Etat gestionnaire est seulement plus proche et plus pratique, il n’est pas question de prescriptions ni sur l’Etat ni sur le sport…
Dans la citation qui suit la personne n’accordant pas de valeurs au sport ne tient aucune prescription sur l’organisation sportive : certains jeunes doivent faire du sport pour répondre à une exigence de l’espace social, qui n’est pas l’espace des valeurs du sport valable pour tous
“ …Les valeurs du sport, c’est pour moi les valeurs qui dynamisent les scolaires par exemple, peut- être pour arriver à de meilleurs résultats, c’est en tout cas l’espoir que nous formulons ; et ainsi d’arriver à la vie active avec l’envie de continuer l’effort. Dans notre association, il n’y a pas que le sport, il y a le coté social qui est très important parce que nous sommes confrontés à des jeunes qui ont d’énormes difficultés sur le plan familial, sur le plan scolaire, plus tard sur le plan professionnel, qui n’ont pas la possibilité, bien souvent, d’être logés d’une façon correcte, je veux pas dramatiser, mais il y a quand même des jeunes qui se trouvent habitant dans des appartements où il y a 7 ou 8 enfants ! donc difficultés à tous les niveaux. D’autre part, il y a également la recherche d’emplois, nous arrivons difficilement, mais nous essayons, alors nous avons trouvé des pistes chez les sapeurs pompiers par exemple, mais c’est aussi un métier très dur et ça freinent quelquefois les ambitions, la police c’est moins dur ! et nous essayons aussi dans les entreprises. L’idéal pour nous, c’est d’arriver que les jeunes en même temps qu’ils s’investissent dans le sport, s’investissent dans une entreprise et que cette entreprise leur accorde une formation professionnelle qui puisse être transformée en un emploi à durée indéterminée’’.
Il est bien évident dans cette citation qu’il ne s’agit pas d’une vision de structure du sport fonctionnant dans les valeurs du sport ; mais d’une description, d’une qualification de la structure comme tenant compte uniquement d’une vision spécifique de la population en termes de manques de tous ordres.
Pour conclure sur les deux polarités étudiées, nous pouvons dire que ce qui se dessine : ce sont bien des positionnements différents sur la finalité et les valeurs du sport, selon le positionnement de nos interlocuteurs par rapport à la puissance publique.
Nous verrons plus loin, dans les choix proposés pour une politique sportive dans le Département, comment les deux polarités dans leurs activités singulières rencontrent la proposition de la politique de conventionnement et de mutualisation des besoins du Conseil Général.
Valeurs du sport et multiplicité des espaces
La question de la multiplicité des espaces liée aux valeurs du sport se déploie entre trois polarités. Il y a des valeurs au sport de masse et une façon singulière de porter un regard au sport de haut niveau. Il y a des valeurs dans le sport de haut niveau et une façon singulière de porter un regard sur les valeurs du sport de masse. Il y a enfin, des regards singuliers entre les deux dispositifs
Valeurs du sport de masse et regard sur le sport de haut niveau
Dans cet espace de pensée, nous sommes en présence d’un développement de prescriptions sur les valeurs du sport elles-mêmes :
… “ Dés l’instant ou on rentre dans le domaine sportif, on apprend des règles et dés l’instant ou on apprend des règles, on apprend à être citoyen ”
Lorsque la personne désigne le sport comme un espace des valeurs, elle le fait en se soutenant du ‘’compte’’ qu’elle se fait des gens, il y a ceux qui viennent dans ces structures qui portent des valeurs et ceux qui n’y viennent pas, ce qui sera en partage ce sont les valeurs propres du sport :
“ …Donc, les gens qui viennent dans le sport c’est des individualités qui sont différentes que celles qui n’y viennent pas ! Ça, c’est clair ! Fatalement, tout ce qu’on apprend aux jeunes par le sport, ça revient dans la vie ! Par exemple, un jeune qui a été sportif et qui devient père de famille n’a pas la même réaction avec son enfant que celui qui n’en a pas fait ! Je dis pas qu’il n’y a que ce domaine là qui apprend, mais…bon ! ”
Suivre le cheminement de cette pensée, va maintenant nous montrer comment lorsque la personne tient sur les valeurs du sport, lorsqu’elle tient un compte égalitaire des gens, l’idée qu’elle a du sport va opérer une séparation en termes de valeurs dans les deux espaces du sport : le sport de haut niveau et celui du sport pour tous :
“ Je pense qu’à l’origine oui ! Après, on n’a plus les mêmes valeurs, c’est clair ! On n’a pas les mêmes débats…quoique…, c’est des clubs professionnels, ils ont de gros sponsors, ils ont beaucoup d’argent…, c’est des gestionnaires, c’est plus des sportifs ! ”
“ Les valeurs du sport de haut niveau qui sont reconnues par l’Etat ! Moi, je reconnais pas ça comme ça ! Moi, le sport de haut niveau… je dirai qu’à la limite toute personne qui fait un sport, quelque soit sa performance, dés l’instant qu’elle atteint le maximum de sa performance et qu’il s’y tient : il fait un sport de haut niveau ! Pour lui ! Alors, évidemment, ça c’est pas reconnu ! Mais ça, c’est une autre affaire ! Il y aussi le regard du coté marchand, le sport de haut niveau aujourd’hui, celui qui est reconnu, pas celui que moi, je reconnais ! Plus ça va et plus il faut des sous ! Il faut donner ! Il faut donner : la pub ! …Machin…enfin, c’est la vision qu’on a du haut niveau ! ”
- C’est pas la votre… mais quelle est la votre ?
“ C’est pas la mienne ! Ça peut pas être la mienne ! D’ailleurs, ça gâche un peu…autant j’admire le sportif en tant que tel ! Parce que n’importe quel sportif, dans n’importe quel sport ! Fatalement, il a quand même un don pour arriver à ce niveau là ! Mais je reconnais plus ce qu’il y a derrière ! Toutes les valeurs…beaucoup de valeurs sont effacées par l’appât du gain ! Quand vous demandez à un gamin, pourquoi il veut faire du foot ? Il va vous dire : “ parce que je veux gagner de l’argent ” ! Et pas : “ parce que je veux bien jouer ” ! Déjà, ça me heurte ! Je suis déçu ! C’est pas le foot qui l’intéresse, c’est l’argent qui est derrière ! Dans l’esprit des jeunes on a retiré ce coté sportif par lui-même, quand on parle du sport de haut niveau, pouf, on parle de business… !’’
Les valeurs du sport pour tous, sont sous condition d’une prescription de l’Etat, les propos recueillis révèlent qu’il y a défaut de prescription à son égard, son espace est nié dans les structures de l’Etat qui ne reconnaît dans son espace que le sport de haut niveau. Ce dernier est clairement identifié comme le domaine de l’argent et des médias :
“ Je me demande s’il existe encore…malheureusement… Est-ce qu’on peut appeler sport pour tous, les gens qui trottinent le long du canal à Bobiny ? Non ! Le sport pour tous, aujourd’hui, il est de moins en moins structuré, il a pratiquement plus qu’une fédération qui fait ça, c’est la X…qui reste encore dans cette illusion. Je dirais, par rapport au sport de haut niveau, qui est le sport médiatique et le sport d’argent ! Mais le sport pour tous, il demande aussi une structure et, malheureusement, cette structure on ne lui accorde pas ! Aujourd’hui les institutions reconnaissent le sport qui va vers la reconnaissance du haut niveau, mais ne reconnaissent pas la base ! Mais, malheureusement, c’est de la base et du sport pour tous, que sont issus tous les sportifs ! Et sans le sport de masse, comment arriverons-nous à sortir de cette masse les individualités, des équipes, qui vont pouvoir générer du sport de haut niveau ? Ça va être impossible ! Aujourd’hui dans notre club, on se retrouve dans certaines difficultés à cause de ça ! Le Conseil Général nous aide pour le sport de haut niveau, on n’a aucune aide pour le reste ! On se débrouille comme on peut, mais c’est un tort ! La reconnaissance du sport dans sa totalité, surtout dans un club omnisports, c’est vital ! La compétitivité, c’est ça ! Donc, je dirai, que le sport pour tous, les institutions le mettent un petit peu entre guillemets et disent : “ oh ! Ça serait bien qu’il ait du sport pour tous, ça serait chouette, c’est bien ! … Mais qu’ils se démerdent ! ”
La piste qui tente de lier les deux espaces est étroite dans la citation qui suit, la personne désigne les institutions dans leur défaut de prescription non pas, pour le sport pour tous qui pour lui n’est pas en défaut de principes, mais, pour le sport de haut niveau.
“ Non, ce n’est pas la même chose ! Fatalement l’un est issu de l’autre ! Il y a toujours cette notion du sportif qui a été issu d’une masse et qui passe au haut niveau parce qu’il en a eu les possibilités. On peut plus les associer ! De la façon dont c’est fait aujourd’hui, j’espère qu’il y aura une marche arrière et Mme la ministre fait du boulot ! Espérons que ça aboutisse… il y a une reconnaissance qui devrait se faire ! Mais bon, sinon le sport de haut niveau va être mis à mal… ”
“ …Mais personne ne veut la (différence entre sport pour tous et sport de haut niveau) reconnaître ! Si, la municipalité, parce qu’on est sur une commune ! Sinon, le Conseil Général reconnaît nos équipes qui sont en Nationale, le reste, ils en n’ont rien à faire ! Alors que c’est une bêtise monstrueuse ! On ferait mieux d’analyser les clubs, et de dire “oui, fatalement : pour avoir ces équipes là ! Vous êtes obligés de maintenir tout le bas ” ! Et, ça, c’est compliqué…je dis pas qu’ils sont pas conscients, mais soit : ils en ont pas les moyens parce que le circuit est compliqué, ou c’est pas leur volonté ! ”
“ …Donc, à mon avis, ils n’ont plus la même vision, ils ont une vision du sport en gestionnaires, de sport médiatique, de sport spectacle et plus du tout de sport pour l’individu ! ”
“ …Nous, dans un club comme le mien, notre vision c’est le sport pour l’individu ! Ils s’en foutent si le gamin va se casser ! “ Tu cours demain et je veux pas le savoir ” ! C’est deux mondes ! ”
“ C’est un engrenage ! J’espère qu’on rentrera jamais là-dedans ! Quelle horreur ! On le sait… l’argent, ça amène tellement de choses, mais ça détruit beaucoup de choses ! Et dans les grands clubs, l’argent a détruit le coté sport ! Ça détruit ça ! On recherche l’image du club, pas le défi sportif… la performance sportive à tout prix ! Ils sont prêts à avaler n’importe quoi pour arriver les premiers ! On l’a vu pour le tour de France ! ”
- Vous pensez que c’est nouveau…, ça n’a pas toujours été un peu comme çà…
“ Honnêtement j’en sais rien ! J’ose espérer que non ! Les médias sont plus virulents, Donc, c’est évident que maintenant, vu tout ce qu’il y a derrière : l’appât du gain, les sponsors…, on a intérêt à être premier ! Le deuxième, il a aucun intérêt ! Il faut être premier, avec toute la dérive que ça a donnée ! On voit la morphologie des sportifs changer…, on voit beaucoup de choses, c’est triste donc, à partir d’un certain moment, ces gens là ils n’aiment plus le sport…c’est une autre vision, ils n’aiment que l’argent ! ”
Valeurs du sport de haut niveau et regard sur les valeurs du sport de masse
Ce dispositif intellectuel va s’appuyer non pas sur les résultats sportifs pour porter un regard sur les valeurs du sport, mais plus sur l’idée que ce qui manque au sport de masse c’est les compétences du sport de haut niveau. Le sport de haut niveau est un espace qui détient les valeurs du sport, il est construit sur des exigences, un respect de soi et des autres, une discipline, des règles… Critères, qui manquent à l’espace du sport pour tous, identifié comme celui d’un : espace fonctionnel vers lequel il faut transférer un encadrement professionnel.
“ …Oui, le sport en général est porteur de valeurs. Là, j’aimerai dissocier le sport individuel et le sport collectif, parce qu’on a pas affaire aux même valeurs, à mon avis. Concernant le sport individuel, que se soit dans la victoire ou dans la défaite, on ne peut s’en vouloir qu’à soi même ! Ou alors à la limite au matériel : on jette la raquette si on n’est pas content… Alors que dans le sport collectif : on est tributaire des partenaires…donc, là l’approche est différente…
Nous allons voir comment ce second dispositif est articulé à la reconnaissance de valeurs dans le sport, comment il se traduit par une continuité dans les disciplines et la nécessité d’un financement qui permettent de passer du sport de masse vers le sport de haut niveau.
- Multiplicité
Nous avons là l’idée qu’il existe bien des valeurs dans le sport et quelles sont multiples. La multiplicité sur l’espace des valeurs est fondée sur la multiplicité des disciplines et elle se déploie dans le sport entre le collectif et l’individuel. C’est encore là l’affirmation que le sport est un espace lié à une pratique réglée et non pas un espace occupationnel.
… Que dans le sport collectif les valeurs sont toujours mitigées ! on peut être content d’une victoire, mais au niveau individuel, on peut être déçu par une mauvaise prestation. Sinon en conclusion, les valeurs qui sont valables pour les deux types de sport, c’est : le respect de l’adversaire, de l’arbitre voir du public dans certains cas…savoir se maîtriser quelles que soient les attitudes extérieures…si on respecte ces valeurs là ben…on pourrait dire qu’on est un sportif quoi !
- Continuité
Il y a multiplicité par disciplines, mais aussi continuité entre disciplines, entre sport de haut niveau et sport de masse dans les valeurs du sport.
…Le sport de haut niveau, c’est l’élite. C’est…ceux qui ont su sortir du sport de masse…C’est les meilleurs…C’est les plus doués au départ, mais aussi ceux qui ont su travailler et améliorer ces dons de départ et respecter une vie de sportif de haut niveau, c’est à dire : un entraînement très intensif, éliminer tous les excès : alimentaires, alcool, tabac dans certains cas. Malheureusement ou heureusement, pour arriver au haut niveau, il faut travailler très dur…
- Sens du financement
La demande à l’Etat est que son financement puisse permettre à tous ceux qui le veulent ou le peuvent, de passer du sport de masse au sport de haut niveau. Le financement du sport est ainsi, déterminant pour tirer le sport pour tous vers l’excellence.
“ …Le SPT, c’est le sport de masse. C’est la possibilité à tous de faire du sport, alors pour ça aussi on en revient aux moyens qu’il faut mettre en place : installations, matériels…et malheureusement par exemple au niveau de notre club, à partir d’un moment, on est un peu obligé de refuser les joueurs et là on n’est pas dans du sport pour tous parce qu’on a pas les installations pour prendre tout le monde. Dans une catégorie d’âge, on ne peut pas prendre plus de 40 joueurs, sinon on rentre plus dans les conditions correctes de la pratique quoi ! ”
- Si à votre niveau, ce n’est pas du sport pour tous, ça se pratique où ?
“ Le sport pour tous, on est d’accord ! Mais pour pouvoir pratiquer, il faut quand même un minimum ! Moi je ne parle plus de faire du football, si sur un terrain il y a 1 ballon pour 25 ! Même si du sport pour tous, il ne faut pas négliger la qualité de l’encadrement : un nombre suffisant d’éducateurs rémunérés, donc il faut des moyens, des subventions au niveau municipal…donc, voilà quoi ! Tout se regroupe et on en revient toujours aux problèmes de financements, de moyens et d’équipement ! ”
“ …Le sport de masse fournit des éléments pour le sport de haut niveau, mais c’est pas comparable ! Un sportif de haut niveau s’entraîne 2 fois par jour, un sportif de masse s’entraîne 1 ou 2 fois par semaine ! c’est pas le même monde…c’est pas les mêmes règles… ”
- Pas le même monde ?
“ Oui, pas les mêmes règles de vie, des visites médicales quotidiennes, des régimes alimentaires, on est souvent en stage…au niveau du sport de masse peut importe…à partir du moment ou on a passé la visite médicale pour pouvoir signer une licence, on est apte à faire dus sport de masse quoi ! Si on prend le tour de France, par exemple, il y a l’Allemand qui est arrivé avec 4/ kg en trop, ça se voit tout de suite, il a tout de suite été relégué ! Il a fait des erreurs qu’il paye comptant quoi ! Au niveau du sport de masse c’est pas important…qui dit sport de haut niveau, ça veut dire y’a compétitions, y’a résultats dit obligations de résultats ! On ne peut rien négliger à ce niveau ” !
Il va se profiler alors, ce que nous pouvons nommer un écueil dans le fonctionnement dans ce dispositif : la dérive possible des grands clubs vers le professionnalisme qui éloigne de la totalité des valeurs du sport et souligne le danger de perdre une cohérence entre les deux espaces.
“ …Au niveau du football, la grosse différence entre petit club et grand club c’est encore une différence de moyens et de l’encadrement. Parce qu’à la limite, au départ les gamins ont la même qualité et, à la limite, il peut y avoir plus de qualité chez les gamins de “ petit club ”, ‘’que les gamins de grand club’’, mais dans l’évolution et après dans le déroulement des séances d’entraînement et au niveau de l’encadrement là se pose la question de pouvoir rémunérer des entraîneurs chez les petits clubs, qui se contentera des bonnes volontés, sans peut-être toutes les compétences d’un encadrement diplômé ; ce qui jouera sur l’évolution des gamins. Les qualités de base sont innées, mais après sur l’évolution…
‘’… En ce qui concerne le sport de masse, oui. Mais qui dit grand club, dit peut être un club qui va porter vers le haut niveau, vers l’élite et à partir de ce moment là, on dissocie un peu les objectifs ; tant qu’on reste dans le sport de masse il n’y a pas de différence… ”
“ …A partir de ce moment là”… Se pose la nécessité de faire des choix dans la prescription possible sur la politique du Conseil Général. Et donc, “ à partir de là ” peuvent s’énoncer les choix possibles de politique sportive pour le Conseil général, tels qu’ils se disposent dans la pensée de nos interlocuteurs.
Les choix possibles de prescription publique
1) Choix 1
Prescrire au Conseil Général de concentrer son financement sur les petits clubs parce que de toutes les façons les grands clubs lui échappent fatalement :
“ …Oui, de toutes les façons le Conseil général n’a pas les moyens de faire de l’élite ! Ils n’ont pas les moyens d’avoir un club de foot qui fonctionne ! “
“ …Ils essayent, mais par rapport au club pro, c’est rien ce qu’ils leur refilent ! C’est beaucoup par rapport à ce qu’ils nous donnent à nous ! Donc, ils arriveront pas à en faire un super club ! L’élite, on y va ou on n’y va pas ! Je pige pas leur truc ! Le RS, ne fait pas comme nous, ils ont une formation qui marche pas fort et ils veulent faire de l’élite ! ils peuvent pas ! Le résultat pour eux n’est pas bon ! il est bon pour nous parce qu’on est un petit club, on arrive à faire des choses qui tiennent la route… ”
“ …Je trouve que c’est une bonne chose de scinder les deux : que le Conseil Général ne s’occupe que de l’image du département en ne s’occupant finalement que des clubs d’élite ! Ça peut être une politique décidée, qui est légitime ou non, c’est eux qui décident ! Ce n’est pas moi qui fait la politique du 93 ! ”
- Ça se fait aussi avec vous !
“ Oui, mais c’est pas moi qui demain vais dire “ le Conseil Général va faire pendant 10 ans de l’élite et puis les 10ans après du développement ” ou je sais pas quoi ! J’ai pas les billes pour le faire, je connais pas le budget…je trouve que ce qu’ils font est apparemment astucieux ! …Maintenant si on veut rentrer dans la polémique : qu’est-ce que c’est Le X…en France et qu’est-ce que c’est le X…en Europe ! Quand j’ai dit au club qu’on allait être conventionné par le Conseil Général via le Y…parce qu’il avait nettement plus de licenciés ! Les gars ont rigolé ! Qu’est-ce que ça voulait dire ? Au niveau national et européen nous avons de plus bons résultats ! Qu’est-ce que ça veut dire le critère du nombre à ce niveau ? Nous on va continuer à travailler sur le développement, mais dans 10 ans, ce ne sera peut-être plus ce critère du nombre pour les subventions ! C’est pour ça que je vous disais qu’on peut pas grand chose sur la politique du département ! Mais bon on écoutera ! De toute façon, on aura bien travaillé et puis voilà ! Comme ça sur le papier la politique sportive du Conseil général, la mutualisation des clubs etc. Ca à l’air intéressant ! C’est une bonne chose qu’ils s’occupent de ça ! Moi, je préférais…moi, je dirai au RS d’aller … On ne peut pas faire du sport d’élite au stade actuel ! Au point ou en est le foot actuellement, c’est ridicule de se lancer dans une course qui va nous tuer et qui va nous bouffer ! Faisons du basket, du volley, de l’athlétisme, du handball, de la natation…Mais je pense que le sport de masse est quand même la politique normalement du Département ! Le foot est incontournable évidemment ! Donc, il faut des super clubs formateurs et les meilleurs ils iront ailleurs ! On n’a pas les moyens ! Ou alors on arrête le sport de masse et on fait que de l’élite, pour avoir les moyens d’avoir 1 bon RS dans le département ! Ça serait bien qu’il ait quelqu’un qui dise le foot ça suffit ! Et que les moyens soient répartis ” !
2) Choix 2
Demander au Conseil Général de s’occuper des grands clubs pour leur prescrire sur les valeurs du sport. Il faut que le Conseil se mêle des valeurs du sport :
“ …Au niveau de joueurs de nos clubs à nous, qui dit sport professionnel, dit il faut que ça soit rentable ! il faut qu’un joueur soit rentable ! et à partir de là…heu…on se soucie peu de certains problèmes que le joueur à la disposition du club professionnel peut rencontrer ! je sais que certains jeunes de notre club sont partis dans un club professionnel et…je sais qu’au niveau des blessures… par exemple, lorsqu’un joueur est blessé assez grièvement et qu’il ne peut plus “ jouer pour eux ” ils le délaissent complètement ! ils coupent les contrats et en reprennent un autre ! donc au niveau humain c’est…pas très…c’est des valeurs humaines qui sont limites quoi ! Contrairement au club amateur où on se soucie un peu du gamin au niveau de la scolarité, des problèmes familiaux etc.…A la limite,… tout le monde est tenté de rentrer dans un club professionnel, alors quand il y en a un qui ne leurs convient plus, ils en ont une dizaine qui attend à la porte prête à rentrer dans leurs jeux ! donc, ils peuvent se permettre ce comportement ! mais au niveau humain, c’est…le monde de la rentabilité ! à partir du moment où on n’est plus rentable, on est remplacé. ”
3) Choix 3
Porter attention aux clubs qui se mettent en situation d’essayer de tenir la ‘’tension’’ de ne pas tomber dans l’occupationnel ni dans le professionnalisme et la rentabilité
- Vous dites que c’est une décision, au départ, d’être un petit club ou grand club ?
“ Ben…C’est un peu une décision…obligatoire quoi ! c’est à dire que lorsqu’on a pas les moyens…on va prendre un exemple, au niveau du football lorsqu’on termine en tête de la division régionale, on peut passer au niveau national, qui dit niveau national dit par exemple, pour les moins de 15 ans … faut avoir les moyens de se déplacer. Alors même si on a des aides de la fédération un petit peu, il faut des gens pour accompagner les gamins, les faire manger, etc.… Et tous les clubs ne peuvent pas… …Nous, on s’est déjà dés-inscrits de compétition pour des problèmes comme ça,…c’est une décision du président, on avait la possibilité de devenir un grand club et on a pris la décision de rester un club moyen…Les gamins ont été déçus, et on en perd…Pour nous, c’était un problème de terrain, à ce niveau, là il faut 3/4 entraînements, et ça se serait fait au détriment des petits, du sport de masse, c’est pareil, on est un club municipal, il faut que tous les gamins jusqu’à 15ans de la commune, puissent faire du football à X…, donc voilà quoi ! on a un peu panaché, on a dit stop à la haute compétition et on remet le sport de masse ! On avait plus tiré vers l’élite…Alors ça, aussi, c’est une décision politique, au niveau du sport ça dépend de la volonté politique de la municipalité, certaines développent plus la culture, la musique, et pour d’autres : c’est donner plus de subvention aux sports, parfois plus à certains sports au détriment des autres… c’est comme ça… ”
“ Nous, on est un club un peu intermédiaire, lorsqu’il y a des bons joueurs dans les petits clubs, ils viennent chez nous et on a généralement de très bons rapports avec les petits clubs, puisqu’on ne leur prend pas tous leurs joueurs, on leurs prend vraiment que leurs meilleurs joueurs ; et quand nos meilleurs joueurs sont demandés par les grands clubs professionnels, on fait la même chose, même si ça fait mal au cœur de perdre ces meilleurs éléments, il faut penser aux gamins et à leur évolution ; à partir du moment ou on ne peut peu plus répondre à ces attentes, il est normal qu’ils aillent dans un endroit qui est plus adapté… ”
Bénévoles, professionnels
Les questions de professionnalité, de bénévolat, et leurs rapports posent pour nos interlocuteurs celles des compétences des gens sur le terrain, mais surtout celles plus complexes de l’entrée en scène de nouveaux protagonistes comme les groupes médiatiques ou les entreprises financières prêts à investir dans le domaine sportif. La question de fait, n’est plus celle traditionnelle entre financements publics et privés, mais fait émerger de nouvelles oppositions entre sponsors internationaux et mécènes locaux, dirigeants bénévoles et managers professionnels.
Les discussions entre amateurisme et professionnalisme semblent perdre de leur acuité et ce sont les problèmes de droits d’accès aux images sportives, (loi buffet et sa redistribution égale pour tous) et de fiscalité sportive qui deviennent les plus saillants.
A terme, les notions d’excellence sportive comme celle de l’excellence culturelle glissent vers les notions ”d’exception sportive ” à l’image de “l’exception culturelle ”. Nous verrons comment pour nos interlocuteurs ces déplacements semblent dessiner des aspects de la crise de l’Etat dans le domaine sportif.
De quoi “professionnel ” est-il le nom dans l’espace du sport ?
Dans notre travail de recherche sur les formes de consciences contemporaines, nous ne présupposons pas l’existence de groupes . Dans notre enquête sur la politique sportive du Conseil Général, nous vérifions encore une fois, qu’il n’y a pas à priori des groupes auxquels correspondrait une subjectivité propre et que l’on puisse qualifier comme étant “les professionnels du sport ou dans le sport ”. Nous avons dans notre exposé méthodologie, posé que si “ groupe de professionnels ” il y a, c’est aux interlocuteurs de le disposer comme tel.
“ Professionnel ” dans nos différentes enquêtes dans les usines, les entreprises, les foyers de travailleurs nomme un rapport singulier au travail. Dans cette enquête, “ professionnel ”est un mot qui circule sur des places, sur des rôles. Suivre la pensée en intériorité que le mot ’’professionnel’’ provoque parfois chez nos interlocuteurs, va nous permettre dans un premier temps, de dessiner les figures de sa circulation dans un deuxième temps, d’en préciser l’enjeu pour la politique sportive du Conseil Général.
Notre travail, ne consistera pas à désigner la place de cet enjeu, mais à clarifier ce qui se joue lorsque la multiplicité de sens qui s’attache aujourd’hui au mot professionnel est rompue par des prescriptions. Nous nous attacherons à distinguer les figures et les logiques portées par les réponses à la question : “ Pour vous, c’est quoi être professionnel “ ?
Les figures de la circulation du mot “ professionnel ”
1- “ Etre professionnel ” : prescription sur les gens
“ …(professionnel ?) ” Ça, c’est pas de moi dont il s’agit ! professionnel : c’est de faire son travail en tant qu’entraîneur, en tant qu’éducateur de la manière la plus professionnelle possible, c’est également dans l’organisation du travail, d’être le plus professionnel aussi au niveau des cadres : secrétaires compris ; d’être le plus professionnel dans les organisations que nous mettons sur place. ”
- Pouvez-vous parler de professionnels parmi vos sportifs ?
“ Des gens qui se font payer ? Non ! Mais des gens qui se font aider, oui ! En fonction de critères bien précis : sociaux généralement, mais… Non, nous n’avons pas de professionnels. Le X… est un sport amateur, alors vous dire que le X… n’est pas un sport amateur, parce que dans le tas vous en avez qui touchent, également des primes, mais en dehors de nous, …alors, c’est vrai que quand on est bon en Y…on fait une carrière, sans être professionnel on arrive à en vivre voilà… ”
L’énoncé est compliqué : il y aurait professionnel et professionnel ; d’un côté ceux qui travaillent, qui sont payés, qui ont des compétences pour une tâche qu’on leur désigne, mais ces derniers ne sont pas des professionnels ; ils ne le sont que dans leur manière d’accomplir leur mission. Ils sont payés ; “ être professionnel ”, ce n’est pas un statut, c’est une manière de l’être. Dans cet énoncé “ être professionnel ” devient une prescription sur la façon de travailler des gens. C’est une prescription sur des personnes exerçant dans le club et payés pour une activité.
Pouvez-vous parler de professionnels parmi vos sportifs ?
“ …Des gens qui se font payer ? Non ! Mais des gens qui se font aider, oui ! En fonction de critères bien précis : sociaux généralement, mais… non nous n’avons pas de professionnels.
Notons la singularité de la proposition : là, les joueurs ne sont pas professionnels puisqu’ils ne sont pas payés. “ Etre payé ” n’est pas tout à fait du même ordre que : “ d’arriver à en vivre ”, expression que nous analyserons plus loin.
Dans cette citation “professionnel” ne désigne pas les sportifs : c’est l’employé avec une prescription sur le critère de compétence qui porte la prescription.
“ Etre professionnel sportif ”, c’est être uniquement du coté de l’argent. Mais de quelle nature est l’argent des sportifs ?
“ Etre payé ” en fonction d’un statut de professionnel, ne désigne pas toujours “ le même argent ”. L’argent que perçoit le sportif n’est pas celui que perçoivent “ les autres ”… Ceux qui font partie des mêmes institutions sportives : clubs, fédérations, ou institutions qui les entourent : médias, multinationales… En effet, lorsque le critère de l’argent est évoqué comme étant celui des sportifs, il est très souvent fait référence à l’argent de “ beaucoup trop !” à celui qui mène éventuellement les sportifs à la triche, au dopage…
2- “ Etre professionnel ” : prescription sur soi en extériorité
“ …Bénévole, c’est être fou ! Fou et passionné ! Parce que qu’on passe la majeure partie de sa vie à s’occuper de la vie des autres au détriment de la vie de famille, quelques fois d’une vie professionnelle ! Ça arrive aussi, car cette passion déborde assez fréquemment sur l’activité professionnelle et il y a eu des gens qui se sont fait licenciés du boulot comme ça ; et puis parallèlement, il y a beaucoup de divorces… ”
Dans cet énoncé, professionnel est pris en extériorité de l’espace du sport. Etre professionnel peut recouvrir les critères que nous avons analysés précédemment, mais il les place en ce qui le concerne, en dehors de l’institution sportive. Le sens de la compétence professionnelle pour notre interlocuteur ne s’applique qu’à l’extérieur du club.
Notre interlocuteur à ainsi construit sa catégorie de professionnel en disposant trois sens différents :
- un sens prescriptif pour ceux qui travaillent dans son club, c’est “ être professionnel. ”
- un sens monétaire pour les sportifs, joueurs professionnels, “ c’est l’argent ”
- un sens purement statutaire pour lui et c’est en dehors du club dans“ la vie professionnelle ”
Afin, de rompre la polysémie, cette personne va devoir choisir un principe de partition, et ce sera celui de l’argent. Il s’opère un basculement des mots vers les noms des lieux : ainsi “ être professionnel ” pour lui, c’est l’être sur le lieu de sa vie professionnelle, là où on peut avancer qu’il perçoit un salaire ; “ être bénévole ” va alors s’attacher au lieu du club.
Nous pointons une fois encore, la nécessité pour notre interlocuteur de rompre la polysémie du mot problématique professionnel : ainsi lorsque bénévole et professionnel sont en face à face, il rompt la multiplicité en identifiant professionnel à “ argent ”.
Il s’opère ici aussi, un basculement des mots vers les noms des lieux. Pour cette personne, “ être bénévole ” dans sa vie personnelle, c’est là où il n’est pas payé, “ être professionnel ”, identifie le lieu où il est payé.
“ Je pense que lorsqu’on emploie un professionnel, on doit être capable de lui présenter un projet ou il y exactement les choses qu’il a à faire, maintenant il apporte aussi sa part de connaissances pour aider au projet. Il ne faut pas que ce soit à sens unique ! ”
Nous sommes en présence d’une extension de la figure du professionnel payé : ce n’est pas quelqu’un qui est uniquement “ payé ”, il a une particularité, il apporte aussi sa part de “ connaissances ” et on a à son égard une exigence. Une exigence vis à vis de celui qui emploie le professionnel, il y a là une prescription du club sur le statut de professionnel.
“ …Un professionnel, c’est assumer d’une façon compétente, performante la tâche qu’on a à réaliser. Que ce soit en tant que cadre, que ce soit en tant que sportif, je crois qu’on signe un contrat et il faut le respecter, voilà… ”
Dans cet énoncé, il est fait une différence entre l’action elle-même et la responsabilité de l’action, la personne découple la prescription de l’action et la connaissance. Elle ramène d’un coté à la direction du club une exigence de prescription de sérieux sur l’action et elle renvoie la mobilisation des connaissances au professionnel employé de l’autre.
Le professionnel est un technicien, c’est quelqu’un à qui on va prescrire des tâches et la technicité de ces tâches sera à sa charge, mais pas la responsabilité.
“ …Il faut que les choses soient bien claires ! On a des structures qui reposent avant tout sur le bénévolat où la responsabilité des décisions incombe aux bénévoles, et donc, c’est eux qui les prennent ! et il y a des gens qui sont là pour travailler et c’est à eux d’exécuter… ”
Dans cet énoncé, il y a une séparation entre la prescription de travail : le “ projet ”et la compétence ; ici la prescription sur le club et sur le sport, ce n’est pas une affaire de compétence, c’est autre chose : “ c’est le bénévolat ”.
Le professionnel ne prescrit pas, il applique, il respecte le contrat, on lui confie une mission. Pour lui, il ne s’agit pas de remettre en question le bénévolat, en disant que c’est un contrat entre bénévole et professionnel, il ne dit pas que c’est l’argent qui fait la différence, ce qui fait la différence, c’est la responsabilité, c’est le bénévole qui décide. “ …la responsabilité des décisions incombe aux bénévoles… ”
La compétence est d’un coté, la décision de l’autre. “ Etre professionnel ”, pour cette personne, c’est être “ celui qui fait ”. Les professionnels se sont ceux qui sont employés dans le club. Dans l’énoncé qui suit, les choses sont séparées : les missions sont confiées par les dirigeants bénévoles, ceux qui ont le pouvoir politique, aux professionnels en tant qu’ils ont des tâches à faire comme techniciens.
“ …(être professionnel) …C’est pouvoir vivre de son enseignement et aussi avoir des relations privilégiées avec ceux à qui on enseigne, avec les sociétaires, des relations qui soient amicales, ce n’est pas uniquement être rémunéré pour le travail qu’on fait. Etre professionnel, c’est aussi faire le lien entre les bénévoles et les institutions, les sociétaires, c’est être un peu au centre des débats et faire avancer, développer le club et améliorer la vie des adhérents… ”
Le premier énoncé : “ vivre de son enseignement ” précise que sa vie professionnelle se confond avec son statut de bénévole dans un unique espace : celui du sport. Notre interlocuteur poursuit en disant que professionnel, ce n’est pas uniquement être payé, mais c’est surtout de pouvoir s’y consacrer entièrement. Le critère de l’argent dans cet énoncé est un moyen pour “ être au centre des débats ”.
“ Pouvoir en vivre ”, c’est ne pas être obligé de faire autre chose à coté pour gagner sa vie, c’est pouvoir se consacrer à ce que l’on à envie de faire ; mais ce n’est pas que ça, c’est aussi pour “ être professionnel ” pouvoir en tant que dirigeant “ être au centre des débats ”.
Nous avons là une figure du professionnel qui rompt la polysémie du mot en choisissant la place de prescripteur, du “ professionnel ” bénévole dans le critère de responsabilité politique.
“ …C’est pas parce qu’on touche de l’argent, qu’on est pro ! Il y a une différence entre : un entraîneur bénévole qui va être là pour le match de ces joueurs le samedi, et qui viendra pas voir jouer, les autres équipes du club le dimanche ; et un entraîneur salarié qui viendra le dimanche pour encourager les autres, la différence c’est pas juste l’argent… “
Dans cet énoncé, nous nous trouvons dans une figure de la prescription . La proposition dans cet énoncé pour “ être professionnel ” ne se résume pas à être rémunéré pour le travail que l’on fait, ni même à la manière de le faire. Ce qui est introduit ici, pour la première fois, et permet le basculement : c’est l’espace de l’activité sportive, l’espace du terrain. “ Etre professionnel ”, dans cet énoncé, est soutenu par le critère du sens des responsabilités.
Cette personne refuse le critère de l’argent comme critère de partition entre professionnel et bénévole. Nous sommes en présence d’une prescription sur la prise en charge du sport, en privilégiant le critère de responsabilité vis à vis de l’activité principale.
Cette prescription se dispose comme l’affirmation d’une différence d’appréciation des principes, car la personne dit que pour être professionnel, il faut être là tous les jours. Il faut soutenir les jeunes. Il s’agit de prescrire sur le destin du collectif, il faut “ s’occuper de tout le monde… ”
La thèse, dans les propos de notre interlocuteur, inaugure deux nouvelles figures du professionnel: les non-joueurs et les joueurs. Il fait la séparation dans l’institution sportive entre joueurs et non-joueurs tout en disposant une articulation entre les deux.
Dans un premier temps, la prescription sur la professionnalité du coté des non-joueurs, c’est celle de prendre en charge l’intérêt de tout le collectif, la prescription tient sur le plan du sport ; elle se dispose dans le fait de “ prendre en charge les autres… encourager… ”.
“ …Pour moi-même, les clubs pro ne sont pas tous pro. Il y a des clubs qui sont plus pro que d’autres. Par exemple, il y a des clubs pro en France, mais s’ils n’ont jamais joué en compétition européenne, ils n’ont pas encore cette expérience, ils sont moins pro que ceux qui l’ont. Ils sont pro dans toute leur structure, dans tout ce que vous voulez, mais ils ont une lacune… ”
Dans un second temps, la prescription sur la professionnalité du coté des joueurs, c’est celle d’avoir l’expérience du haut niveau, du niveau européen.
La partition ne se joue pas sur professionnel et bénévole, mais sur professionnel et amateur. Sur la figure du “ joueur pro”, ce n’est pas seulement le critère de l’argent qui peut faire la différence, mais sur le niveau de compétition, sur l’expérience de la compétition, en un mot, sur la compétence.
Cette nouvelle figure éclaire notre précédent chapitre, sur l’articulation à penser en termes d’enjeu politique le “ sport pour tous ” et le “ sport de haut niveau ”.
Le sens proposé ici de la professionnalité est de type prescriptif, nous l’avons vu, mais pas de l’ordre de la prescription sur les gens comme dans les trois premières figures. Ce qui proposé dans cet énoncé est de l’ordre de la prescription sur les clubs.
“ …Il y a des clubs qui sont plus pro que d’autres… ”
“ Etre professionnel ”, se dispose dans cet énoncé en “ c’est être un club professionnel ” ; le qualificatif “ club pro ” s’identifie par l’expérience des joueurs grâce aux compétitions, mais la qualification se diffuse sur la totalité du club, cela veut dire que le qualificatif de professionnel pour être porté par tous les gens du club, est complètement commandé par les joueurs, donc commandé par l’activité sportive, par le sport.
Par contre, lorsqu’il dit : “ pro dans toutes leurs structures… ”, ne suffit pas pour être “ un club pro ”, cela veut dire que le fonctionnement des clubs peut être professionnel, la gestion financière peut être professionnelle, mais qu’il choisit de s’appuyer sur le critère de l’expérience de jeu des joueurs.
Le fonctionnement professionnel des clubs n’étant pas déterminant, quant à lui, pour la qualification de professionnalité du club.
- 3“ Etre professionnel ”, c’est être sérieux !
“ Etre professionnel ? …C’est dans la vie de tous les jours, dans toute action…parce que dans un club, c’est vaste…Bon, si quelqu’un me dit “celui là, c’est un professionnel dans un club ”, je vais dire, c’est un joueur, c’est un joueur qui est payé ! Après, on peut être professionnel dans un club en étant secrétaire administratif, entraîneur ou éducateur… professionnel, ça serait donc, quelqu’un qui est payé si on en parle comme ça…Par contre, je crois que je peux dire que j’ai une action professionnelle sur ce club, je suis sérieux, si on fait le choix d’une action, par un travail sérieux, on va faire aboutir cette action ! Voilà le professionnalisme : c’est des connaissances et du sérieux ”!
Pour notre interlocuteur, professionnel n’est pas un classement en extériorité d’une qualification contenue dans une nomenclature. C’est le nom en pensée, de son rapport à toute son activité “ Etre professionnel…, c’est dans la vie de tous les jours, dans toute action ”.
Nous pouvons avancer que professionnel exige une subjectivité positive qu’il va confronter avec à des classifications du mot professionnel pensés en extériorité.
Cette exigence en pensée, permet de mettre en place un dispositif qui dessine trois figures du professionnel sous la forme de trois énoncés :
- “ …C’est un joueur qui est payé ” : figure traditionnelle plutôt dominante, celle qui vient à l’esprit, courante qu’il ne retient pas.
- “ …Professionnel, ce serait donc, quelqu’un qui est payé… si on en parle comme ça… secrétaire administratif, entraîneur ou éducateur …” Dans cet énoncé, nous avons juste une extension au fait d’être payé contenue dans la première figure, une extension sur la question de l’argent. Cette deuxième figure peut être liée à l’argent, notre interlocuteur ne le dit pas. De la même façon, le joueur ou le secrétaire administratif peut être sérieux ou ne pas l’être.
- “ Professionnalisme sur ” et non pas “ professionnalisme dans ”, une troisième figure de professionnel se dispose avec d’autres mots, les critères de sérieux et d’action, vont se disjoindre parce qu’il ne dit pas que cela est lié à l’argent.
La disjonction se fait entre argent d’un coté et sérieux de l’autre ; ils ne sont pas en face à face, ce sont deux espaces distincts pour donner un sens au mot professionnel. Ils peuvent, être joints dans la pratique, mais la disjonction qu’il introduit a pour fonction de donner un sens au mot et va lui permettre de rompre la polysémie du mot professionnel : “ C’est être sérieux ” qui lui permet de qualifier “ professionnel ”.
Le passage au “ je ” dans son énoncé, marque son inscription personnelle dans cet espace de la multiplicité du mot professionnel “ par contre, je crois que j’ai une action sur ” affirme sa pensée en intériorité et l’on peut dire avec notre interlocuteur que le professionnalisme, c’est des “ connaissances et du sérieux ”
Pour notre interlocuteur le fait d’être professionnel “ dans ”, cela renvoie à être payé et celui d’être professionnel en ayant une action “ sur ” cela renvoie à sérieux.
Dans le premier cas, c’est le club qui prescrit la place à la personne qu’il va payer. Etre professionnel “ payé dans ”, cela renvoie à des noms de métiers : joueur, secrétaire, entraîneur, éducateur, cela revient à désigner quelqu’un à une place.
Dans le deuxième cas, c’est une prescription sur le club faite par le professionnel. Etre professionnel “ sur ”, cela renvoie au critère “ action ”, qu’il réitère pour pointer et affirmer son choix.
“ Le joueur, l’entraîneur… ” peuvent se retrouver dans cette situation ; matériellement la même personne peut, suivant la façon dont on la regarde, être qualifiée de professionnel dans un sens ou dans l’autre ; mais ce sont deux qualifications qui ne se confondent pas. C’est bien pour la raison majeure d’en dévoiler l’enjeu politique qu’il convient d’en préciser le sens et rompre la polysémie. “ Par contre, je… ” fait basculer sa décision et pour lui professionnel, c’est la figure du professionnel, qui choisit d’avoir: “ action, sérieux, connaissances, prescriptions sur le club ” .
Vis à vis des autres personnes qui agissent dans le club, notre interlocuteur adopte une attitude exigeante de professionnalité qui n’est pas seulement indexée à argent ; il ne convoque pas de critère en subjectivité, pour lui, les choses sont séparées. Il y la compétence d’un coté et les valeurs de l’autre…
Pour résumer cette analyse, nous pouvons dégager trois grandes figures du professionnel couplées aux mots : argent, compétences, prescriptions.
- Professionnel = Compétences : figure qui ne s’applique pas aux joueurs.
- Professionnel = Prescription : qui ne s’applique pas aux joueurs.
- Professionnel = Argent : figure qui englobe le joueur payé ou par extension n’importe qui payé dans une structure sportive
Nous verrons comment travaille à l’intérieur des entretiens, le critère de l’ “ argent ” qui semble s’appliquer aux trois figures et qui en réalité ne concerne que les joueurs. Nous verrons aussi, comment l’ “ argent des joueurs ” n’est pas le même argent qui circule dans les institutions sportives.
“…Nous, on se considère pas comme pro ou amateur on est nous mêmes ! On fait avec nos qualités et nos défauts, il n’y a pas de pro, pas d’amateurs ou alors à la limite, on est tous amateurs ! Y’a pas d’expert chez nous ! ”
Dans cette citation qui refuse les deux qualifications en introduisant la figure de l’expert, il est dit qu’il n’y a pas dans les clubs des “ gens ” dont la compétence institutionnelle serait reconnue, payés éventuellement et qui, au nom de cette expérience, se donneraient le droit de diriger le club. Pour lui l’expert, c’est le critère de la compétence, plus celle de l’autorité reconnue.
La figure de “ l’expert ” nous permet de faire le lien et de vous exposer l’analyse des propos aux questions : “ bénévoles et professionnel est-ce la même chose pour vous ? ”
Bénévolat et professionnalité : un faux dilemme ?
Si comme nous l’annoncions dans notre avant propos, les discussions entre les mots amateurisme et professionnalisme semblent perdre de leur acuité, pour de nombreux chercheurs qui tentent d’introduire dans la lexicologie du sport, comme le souligne un de nos interlocuteurs le mot expert ; pour nombre de nos interlocuteurs, c’est le mot de bénévole qui devient obscur, difficile à cerner. Le caractère aléatoire de son statut est remis en cause, mais pas celui de son pouvoir de décision politique.
“ …Il faut que les choses soient bien claires : on a des structures qui reposent avant tout sur le bénévolat où la responsabilité des décisions incombe aux bénévoles, et donc, c’est eux qui les prennent … ” !
Le bénévole qui ne peut disparaître, c’est celui qui prend les décisions, c’est l’autorité, c’est la loi, nous sommes en présence d’une prescription sur l’Etat qui devrait intervenir sur cette question. Nous pouvons ainsi, disposer deux figures du bénévole :
1) La figure du bénévole qui est celle de l’élu, élu qui par “ passion ”, gère et détient le pouvoir.
2) La figure du bénévole qui choisit ses tâches par “ passion ” ; “ coupe le citron le dimanche ”, ou “ lave les kimonos ” qui n’a pas de pouvoir politique, mais pas d’obligation de résultats non plus.
Ce qui traverse toutes les citations, c’est que la position de décideur du bénévole, ne doit pas être remise en cause. Ce qui est remis en cause, c’est le caractère aléatoire de son statut, qui empêche la reconnaissance. Il ne faut pas que le bénévole perde le pouvoir de décider, mais s’il pouvait ne plus être nommé “ bénévole … ”, le danger qui se profile alors, c’est celui qu’il n’y ait plus de bénévoles et surtout de devoir céder le pouvoir aux experts.
Ce qui est revendiqué dans le changement de statut du bénévole ne semble pas être de l’ordre d’une rémunération, parce que la reconnaissance n’est pas revendiquée comme étant celle d’un poste de travail. Mais une reconnaissance ,de l’ordre de la compétence.
“ …Dans le club, on est pour une reconnaissance du statut des bénévoles, c’est pas nécessairement en terme de rémunération, mais quand on passe 20/30 ans à s’occuper de trésorerie ou de secrétariat, ça pourrait se transformer en point de retraite : ils pourraient, comme les délégués syndicaux lorsqu’ils sont convoqués pendant les heures de travail par les collectivités locales, être en décharge, ce qui donnerait un autre cachet au statut du bénévole et ferait qu’il soit mieux dans sa peau… ”
…La question d’être rémunérée ?…
“ …Ça ne me choque pas dans la mesure où on a quelqu’un à qui on confie une mission. Et si cette personne répond aux aspirations, il n’y a pas de problème… ”
“ …Etre bénévole dans un club, ça doit être dur ! C’est une passion et il y a beaucoup de divorces à cause de ça ! Les bénévoles, ils participent énormément dans la vie du club ! S’ils n’y en avaient pas, les clubs auraient du mal à s’en sortir ! ”
“ …C’est péjoratif ! Hélas le bénévolat c’est …le bénévole c’est un mot que j’aime pas trop ! On parlait tout à l’heure du sport pourri…c’est tellement décrié…on sait que c’est une chose nécessaire le bénévole dans un club…C’est vrai qu’ils feraient mieux de ne pas le faire ! Mais on en a besoin, et puis… Je trouve qu’il y plein de bénévoles qui permettent de faire des choses sympa dans les clubs et qui sont maltraités, qui ne sont surtout pas reconnus ! C’est comme la loi de 1901, c’est un truc qui…dans le monde moderne quand on voit que tout le pognon qui traîne partout ! Et des gens qui rament pour 200 balles… ”
Bénévole : “ C’est péjoratif ” ! “ C’est nécessaire ” ! “ C’est pas reconnu ” !
- “ C’est nécessaire ”, parce que leur existence contribue à donner une image positive des institutions sportives, mais c’est ne pas être reconnu parce que le statut de bénévole n’est pas normé dans l’institution.
“ C’est péjoratif ”, d’une part, par le fait de ne pas être reconnu ce qui montre l’absence de règles qui devraient régir le statut de bénévole. D’autre part, c’est autour de l’argent aussi que c’est péjoratif : “ les gens qui rament pour deux cent balles ”
-“ C’est pas reconnu”: Il y a des vrais bénévoles et des faux bénévoles et les faux portent préjudices aux autres ; pour ceux qui travaillent vraiment, cela empêchent la reconnaissance de ce qu’ils font et cela rabaissent leur travail.
Bénévole : “ C’est le passé ”!
“ …Je trouve, c’est trop de passé pour ce terme et je ne vois pas l’avenir de ce terme ! Cros-Marie était un bénévole…Alors,…le comparer à un type qui s’occupe de foot dans un petit club de village… Et bien, ils ont le même titre ! Ça va plus quoi ! ”
Le mouvement sportifFaiblesses et prescriptions
“ Le mouvement sportif, c’est quoi pour vous ? ”
Les réponses à cette question, tout comme celles sur le mot problématique “ professionnel ”, en désigne la multiplicité de sens et de logiques. L’analyse des propos nous aide à cerner au plus près les noms de qui porte les prescriptions dans l’espace sportif aujourd’hui, nous verrons que les propos de nos interlocuteurs ne désigne pas le “ mouvement sportif ” comme un mot prescriptif.
Faiblesses du mouvement sportif entre reconnaissance et récupération
“ Le M/S ça existe, c’est de plus en plus reconnu, c’est hélas un peu récupéré par le fric ! Ça draine un tel volume de pognon que ça s’entoure de gens peu recommandables ! Mais le mouvement sportif par lui-même, comme il est plus reconnu qu’avant comme facteur d’intégration, d’un point de vue social et surtout bien être. Les sportifs ont pris de l’importance, mais n’en sont pas encore à porter eux-mêmes le mouvement sportif ! Ca vient doucement… ”
“ …A mon avis le mouvement sportif n’existe pas d’une manière contractuelle. Il est récupéré par des personnes qui, elles, ne croient pas au mouvement sportif ! Le sport n’appartient plus aux clubs, il est détenu par les multinationales ! Très peu de clubs participent à ce mouvement, il y a peu de grèves, peu de plaintes sur l’abus des fédérations sur la non - couverture sociale. Il y a des conventions collectives par branches, sauf pour le sport ! Il n’existe pas de mobilisation, les salaires ne sont couverts par rien ! Il y a des lois, mais qui ne tiennent plus la route ! en fait, pour que le mouvement sportif soit l’émanation des clubs il faudrait des démissions en masse au niveau des fédérations… ”
Les énoncés n’opposent pas une entité saine qui serait le mouvement sportif, à “ l’argent ” qui serait malsain. Le mouvement sportif a subit les conséquences de son succès parce qu’il n’est pas assez solide, la prescription est d’une part, de l’ordre de la norme, de la règle sur toutes les institutions sportives : clubs et fédérations. D’autre part, de l’ordre de la prescription sur les gens : il faut des “ gens ” plus compétents dans ces institutions, mais surtout il faut que les sportifs s’en mêlent.
Ce n’est qu’à ce prix, que l’on peut repousser un peu le rôle de l’argent, qui vient de la faiblesse interne du mouvement sportif. La faiblesse interne est constitutive de la faiblesse du rôle de l’Etat, de l’absence de prescriptions de l’Etat dans l’espace du sport. Voir à ce propos, la question essentielle des valeurs du sport, traitée dans notre premier chapitre.
“ …Le M/S, ça part de l’olympisme et ça redescend après… Le mouvement sportif, pour moi, c’est au niveau de l’Etat déjà au niveau du pays…dans… quelles sont les possibilités que l’on donne aux jeunes ou au moins jeunes de pouvoir faire du sport, quelles sont les organisations, quelles sont les installations…que l’on met à disposition des gens pour pouvoir faire du sport ?…Ca part aussi de l’encadrement que l’on met à disposition …Qu’est-ce qu’on peut dire…alors, nous on parle niveau amateur ! Après au niveau professionnel, c’est encore autre chose, il y a d’autres…C’est en fait tous les moyens financiers, matériels, humains que l’on peut mettre à disposition des éducateurs ect… , Pour pouvoir organiser et développer le sport dans un pays. Au niveau des horaires aussi, par rapport à certains pays étrangers, c’est pas facile : les horaires scolaires sont très chargés pour faire du sport, trouver des créneaux horaires, c’est la croix et la bannière ! Donc, je pense qu’il des améliorations à faire surtout par rapport au domaine scolaire… ”
“ Le Mouvement sportif n’existe pas d’une manière contractuelle ! ”. Effectivement, il n’est pas normé, pas structuré, il est récupéré soit par “ le fric ”, soit par des personnes “ qui, elles, ne croient pas au mouvement sportif… le sport n’appartient pas aux clubs, mais aux multinationales ”.
“ Il faut surtout pas mélanger tout le monde ! Il y a d’abord, ceux qui le gèrent : les multinationales avec énormément d’argent vite gagné ! …Et ceux qui en vivent et accaparent l’image des sportifs avec toutes les dérives possibles…
Le mouvement sportif, c’est ce qui existe dans les clubs, qui est reconnu (voir : “ professionnel et bénévole ”), mais aussi ce qui est récupéré. Les clubs sont affaiblis, ils vivent difficilement et ce sont les fédérations, les multinationales… qui le “ gèrent ”.
Les propositions sont toujours pensées en figures contradictoires : reconnu - récupéré ; clubs - fédérations ; ceux qui le font - ceux qui en vivent .
Ce qui se dévoile dans ces énoncés, c’est la proposition de la capacité des joueurs à donner une qualification au mouvement sportif et une qualification de professionnalité aux clubs, mais ils n’en ont pas les moyens … “ Les sportifs ont pris de l’importance mais n’en sont pas encore à porter le Mouvement Sportif lui-même… ”
Cet énoncé confirme la thèse que nous avons traitée plus haut : la professionnalité doit être portée par les sportifs.
Quelles prescriptions sur le mouvement sportif ?
Qui porte le mouvement sportif aujourd’hui ?
“ …Le mouvement sportif existe bien, c’est celui qui rassemble tous les sportifs. ”
“ …C’est toujours l’élite qui est reconnue dans le mouvement sportif ; alors nous les gens qui sommes à la base du mouvement sportif on a des fois l’impression d’être des laissés pour compte !
“ …Il faut qu’un joueur soit rentable ! ”
Nous avons dans ces citations deux énoncés à mettre en vis à vis :
- La question de l’argent, de la gestion “ saine ” est à prendre de compte pour nos interlocuteurs ; mais pas la désignation de qui porte le mouvement sportif, le sport et ce qui s’y passe.
- La question de savoir comment la prescription sur le sport peut être portée par le sportif, lorsque le sportif n’est pas désigné en subjectivité, mais comme étant l’outil de la rentabilité.
L’énoncé “ il faut qu’un joueur soit rentable ! ” désigne une situation ou la subjectivité du mouvement sportif est ailleurs que dans le sport et en extériorité de celui qui pratique.
Il y a bien une subjectivité, une prescription : il énonce d’une manière très forte, qu’il y a une logique de fonctionnement, une logique d’organisation et de choix ; mais c’est une logique où le joueur n’est plus le sujet du sport : c’est le moyen d’obtenir la rentabilité.
L’énoncé qui affirme que le mouvement sportif existe bien et que : “ c’est celui qui rassemble tous les sportifs ”, désigne la subjectivité complètement du coté des sportifs. Ce n’est pas le sport, ce ne sont pas les clubs, ce sont ceux qui sont dans l’activité sportive, ceux qui sont sur le terrain ou ceux qui viennent regarder l’activité sportive sur les gradins, le public est annexé au mouvement sportif, mais se sont d’abord les sportifs qui le portent.
Ce sont là deux postures subjectives complètement opposées une de l’extérieur de la pratique (argent…), l’autre de l’intérieur (sportifs…). Ce n’est donc pas la question de l’argent qui oppose ces deux citations parce que dans ces sportifs, il peut y en avoir qui gagnent bien leur vie ; c’est la question de : qui donne un sens au mouvement sportif ?
Si on prenait uniquement la question de l’argent comme principe de partition, ce qui oppose ces deux citations serait la question : c’est l’argent de qui ? Lorsqu’il est dit qu’un joueur doit être rentable, ce n’est pas le salaire du joueur qui est en cause, c’est le bénéfice du club, des fédérations, des multinationales…
L’argent en tant que tel, n’est pas ce qui oppose les deux énoncés, ce qui les oppose : c’est la logique de l’argent, c’est pour qui on le gagne ? Et qui le gagne ? “ Il faut qu’un joueur soit rentable ! . Le joueur peut être rentable en ayant un salaire d’empereur, il peut être aussi rentable en ne gagnant que de quoi : “ l’aider à vivre ”, peu importe, ce qui est important c’est que ce soit rentable pour le club, les fédérations, les multinationales…
Une certaine logique du sport …
“ …Mais on peut imaginer qu’il y a certainement trop d’argent ! Trop d’argent et ça fait peut-être rêver les jeunes, mais, d’abord, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus ! Et d’autre part, c’est peut être aller un peu loin, et ce n’est pas tellement bon sur le plan éthique. En fait, ce n’est pas souhaitable qu’il y ait autant d’argent, enfin bref, on ne peut pas l’empêcher puisque c’est la vie qui est comme ça maintenant. Quant à dire qu’il est pourri, ben, il est pourri quand il y a des affaires ! Bon quand il y a des affaires de dopage ! Bon on est complètement contre le dopage ! Vous dire qu’il n’y aura pas chez nous, dans notre club, des dopés j’en sais rien ! Je ne peux pas le jurer, ça serait stupide de ma part de le prétendre ! sans compter que la carrière est bousillée et ça c’est un autre problème qui n’est pas le plus important, c’est plutôt le fait que physiquement sur le plan santé ils peuvent être détruits et sur le plan de l’esprit, c’est une tricherie, ce qui est très mauvais surtout pour des jeunes… ”
La logique dans cet énoncé est une logique singulière du sport, ce n’est pas une logique interne au club, il dit que “ dans le sport ” il y en a qui gagnent “ trop d’argent ”. Etre dans cette logique, c’est se mettre dans la situation de désigner des comportements négatifs du coté des sportifs “ …oui, l’argent, ça peut faire rêver les jeunes ”.
“ Le mouvement sportif rassemble tous les sportifs ”, ceux qui le gèrent et ceux qui en vivent, par contre le dopage possible : seuls les sportifs en sont responsables.
Etre dans cette logique, laisse voir une opposition, qui entraîne à une impasse parce que le mouvement sportif qui rassemble tout le monde, ce n’est pas une prescription. Cette formulation n’est pas une prescription suffisante, car notre interlocuteur laisse entrer l’argent et en incombe la faute aux sportifs.
En effet pour notre interlocuteur aujourd’hui, la faiblesse du mouvement sportif est à chercher dans ses structures, dans sa culture, dans le comportement négatif des sportifs et du public…, dans l’argent qui pervertit tout et qui fait qu’il y a des problèmes.
Une logique externe au sport
“ …Il faut réguler et contrôler les sportifs, mais pour moi ce sont dans leur grande majorité, des gens sérieux, je préconise de systématiser et adapter les contrôles, pas uniquement sur le dopage, à ceux que j’appelle “la mafia au col blanc ”, car l’objectif de ces gens là, c’est que seuls les athlètes soient condamnés et pas leurs dirigeants ! …”
Dans ces citations, la logique qui pervertit le mouvement sportif est extérieure. Et la possibilité d’y résister doit être rechercher chez les sportifs eux-mêmes.
“ C’est aux sportifs de faire le mouvement correctement… ”
“… mais on essaie de les prémunir contre les effets néfastes du dopage…”
La citation est complètement homogène à la précédente logique : la personne renvoie la responsabilité aux sportifs, en renversant la question parce qu’elle ne cite pas les problèmes de dopage, mais elle dit la même chose, c’est le même point de vue : le problème et la solution se condensent sur les sportifs.
Nos interlocuteurs considèrent que le mouvement sportif est porté par les sportifs; s’il est affaibli, c’est parce qu’il y a des dérives du coté des sportifs et pour qu’il retrouve sa santé, c’est aux sportifs de faire le travail.
Nous sommes en présence de prescriptions internes, de moralité et non pas sur des prescriptions sur les valeurs du sport.
Principes en intériorité et prescriptions sur les valeurs du sport
“ …Et puis, il faut avoir une action très formatrice envers les jeunes afin qu’ils aient les bonnes valeurs et alors, eux transformeront la société du sport ! On transforme pas la société en essayant de transformer les institutions si c’est pas les hommes qui sont les vecteurs essentiels du sport et c’est les hommes qui doivent changer la société du sport, sans ça elle changera pas ! et c’est pareil pour la société…”
Dans cet énoncé, il est question d’une prescription sur les règles et sur des principes. Il s’agit de mettre à l’abri le mouvement sportif, qui dans son état actuel n’est pas assez prescrit, pour pouvoir faire face à la logique de rentabilité.
Nous ne sommes plus, dans la logique qui énonce, comme dans notre première citation, que le problème vient de l’extérieur du mouvement sportif, qu’il provient d’un souci de rentabilité, il n’est question là, que d’une prescription de morale.
“ …Dans le sport, on est vraiment le parent pauvre du gouvernement ! Quand on aidera un peu plus le mouvement sportif et qu’on aidera un peu moins la police, on y gagnera en image pour changer ! A mon avis, il faut moins de répression et apprendre aux gamins à se défendre dans la vie… ”
“ …Pour moi actuellement, il n’y a pas de mouvement sportif, il y a des mouvances sportives ou chacun est dans sa chapelle et pas de grand mouvement sportif fédérateur de la base, pas d’unité dans les revendications… ”
Dans cet énoncé, il n’y a pas de mouvement sportif, non pas, parce qu’il n’est pas organisé et normé, mais parce qu’il n’y a pas de prescriptions de l’Etat ou pas les bonnes prescriptions… Ce qui éclaire la citation, “ c’est aux sportifs de faire le mouvement sportif autrement ”.
Cette personne demande que le mouvement sportif soit lui-même prescripteur et soit porté par les sportifs. Ce qui lui permet d’une part, de porter une prescription sur les sportifs et d’autre part, lui permet à lui d’être porteur de son rôle d’éducateur
Trois figures de prescriptions
Pour résumer nos propos…
Les énoncés affirment d’une part, que le mouvement sportif existe, qu’il est fort, reconnu…, mais porte en lui la faiblesse des structures juridiques aujourd’hui trop étroites. La loi de 1901 n’établit plus des règles suffisantes, il n’y a pas de conventions collectives. C’est à l’Etat de prescrire sur le mouvement sportif pour l’aider à résister aux dérives des affaires, de l’argent, du dopage…
D’autre part, nous avons mis en évidence qu’effectivement existe dans nos entretiens une prescription sur l’Etat, mais ce n’est pas la prescription sur l’Etat qui fait le mouvement sportif.
Nous pouvons établir après cette analyse trois grandes figures dans l’espace du sport :
- l’Etat
- le mouvement sportif
- les gens dans l’espace sportif
Première figure
Elle dispose : Etat, une pensée en extériorité du mouvement sportif.
Pour que le Mouvement Sportif existe, il faut prescrire à l’Etat : il faut condamner les dirigeants incompétents, il faut des règles …C’est toujours de l’intérieur du mouvement sportif que la personne s’exprime, mais le mouvement sportif n’a pas de subjectivité en propre.
Deuxième figure
Cette deuxième figure dispose : Etat, une prescription sur les gens dans le mouvement sportif.
La prescription sur les gens concerne “ les jeunes qui sont attirés par l’argent ”, elle précise aussi que “ c’est à eux de faire autrement ” ce qui revient à leur faire porter la responsabilité de l’état actuel du mouvement sportif.
Troisième figure
La troisième et dernière figure dispose : une subjectivité propre au mouvement sportif, une prescription sur l’Etat mais c’est la prescription elle-même qui constituerait le mouvement sportif.
Il y a là, une prescription secondaire sur les gens : il faut que les gens aient la subjectivité de prescrire, mais pas sur eux-mêmes ; c’est à partir du moment où ils auront cette prescription sur l’Etat qu’il y aura des valeurs, des principes qui constitueront le mouvement sportif
Pour conclure…
“ … (Le mouvement sportif) ! Ça, c’est des conneries ! C’est des gens de bureaux qui n’ont rien à voir avec le monde du sport et du terrain, la plupart du temps et qui parlent comme ça ! Pour moi, ça veut rien dire !’’
“… Ça veut rien dire…parce que mouvement sportif pour moi, dans ma tête… pour moi, c’est que des grosses huiles, le problème, c’est ça : pour les politiques, pour les gens qui cherchent à s’intéresser au monde du sport, toutes les personnes socialement importantes qui cherchent à s’intéresser au sport, elles ont forcément affaires à ces huiles là avant de venir discuter avec des gens comme moi, ou d’autres dirigeants d’associations sportives. Ces gens pour moi, ils représentent pas le sport. C’est peut-être des bons avocats au niveau de l’écrit, je dirais, oui ils connaissent bien le fric, les lois, les juridictions et tout le tralala… mais de ce qui est du terrain, de la réalité, des difficultés et autres, non ! ”
- Vous, vous n’utilisez jamais le terme mouvement sportif ?
“ Non, c’est des grands mots qui servent à rien. ”
Dans cet énoncé, la thèse principale est en accord avec la troisième figure. La personne dit que le mot n’a de sens que s’il sert à quelque chose. Elle affirme que le “ mouvement sportif ”, ce n’est pas un mot utile aujourd’hui, le mot qui doit servir, qui es
